Un modulable, c’est une promesse de diversité: ouvrir en ville, fermer sur route, dialoguer, voyager. Avec le Specter, Sena peaufine la connectivité et l’intègre aux fondamentaux du casque de route. La nouveauté, c’est que la marque coréenne ne délègue plus: le Specter, à l’instar des différentes versions du Phantom est conçu et fabriqué par Sena. Résultat: une intégration impeccable des composants et un produit qui paraît dessiné d’un seul trait électronique comprise.

Elégant plutôt que tapageur
Le Specter n’a rien du faux sportif gonflé à coups d’ailerons. Il joue la carte de l’élégance routière: lignes pures et volumes mesurés le caractérisent. C’est cohérent avec son usage voyage/quotidien: stabilité avant agressivité, sobriété avant frime. Le revers de la médaille, c’est une palette de couleurs limitée au noir et au blanc. On s’en agace cinq minutes, puis on se dit que Sena a voulu contenir le prix final, ce qui est légitime en ces temps troublés. Ne vous y trompez pas, le Specter est un haut de gamme audio… au prix d’un bon modulable. Avec son ticket d’entrée juste au-dessus de 600 €, il peut regarder en face d’autres modulables à peine moins chers mais qui ne sont pas connectés. En outre, le Specter embarque le 60S, haut de gamme Sena vendu 400 € à lui seul. Traduction: vous payez l’“enveloppe” modulable environ 200 €. Le Specter casse donc le ratio valeur/prix d’un modulable connecté en rendant la partie casque démocratique pour le niveau de prestations global.

Des chiffres et des sensations
Poids mesuré: 1780g en taille XXL. Sur le papier, ce n’est pas une plume, mais c’est un bon résultat compte tenu de l’intégration électronique. À titre de repère, un HJC F100 affiche un poids comparable sans système de communication intégré. En termes d’équilibre, c’est très réussi : l’inertie en roulage est contenue, la répartition des masses limite la fatigue et le poids disparaît mieux que ne le laissent croire les chiffres. D’autant que, s’agissant d’aérodynamique, le Specter reste calme dans les flux, même à haute vitesse. Les turbulences sont maîtrisées et, sur voie rapide, la mentonnière ne génère pas de louvoiement parasite au dépassement des gros véhicules. A verser au dossier, qu’en est-il de l’insonorisation et de la ventilation ? Je parlerais volontiers de haut du panier routier, avec quelques nuances. Ainsi, le Specter se classe parmi les modulables silencieux. Pas au niveau d’un ténor comme l’AGV Tourmodular, mais clairement dans la moyenne supérieure — et mieux que le HJC F100 dans nos conditions. Comme pour le Phantom, le spectre sonore est surtout grave, moins fatigant à long terme. Cela semble devenir une bonne habitude des casques Sena. En ce qui concerne la ventilation: l’aération de mentonnière fait le job efficacement, ce qui est bienvenu pour un porteur de lunettes. Celle du front est certes plus timide par forte chaleur, mais un modulable est, par conception, moins étanche qu’un intégral, ça compense.


Avec le Specter, on profite d’un champ de vision très large, c’est du Cinémascope ou de l’Imax si vous préférez ; excellent pour les contrôles de voie et la conduite urbaine dense. Vers le bas, la mentonnière assez haute rogne légèrement le regard — un classique des modulables — sans gêner la lecture des instruments, même sur une moto classique. Mais, et le confort, me direz-vous… Le revêtement interne retenu par Sena offre un contact feutré avec des mousses qui soutiennent sans points durs ; l’enfilage est franc et la jugulaire micrométrique est bien positionnée. Après un trajet mixte urbain/voie rapide de 3 heures, pas de point de pression à déclarer. L’équilibre général du casque aide autant que les matériaux: on quitte la moto sans cette sensation désagréable d’avoir porté du lourd.

D’autre part, le Specter est doublement homologué P/J. On peut donc l’utiliser en position ouverte, façon jet sans contrevenir. C’est l’occasion de se faire l’écho de l’éternel débat: modulable polyvalent ou intégral sécuritaire? Chacun tranchera selon son usage, sa fréquence d’ouverture et son terrain de jeu. Pour du tourisme, du quotidien et des trajets mixtes, la polyvalence P/J reste un argument de poids; pour l’usage sportif, l’intégral garde l’avantage conceptuel.
Commandes: mieux que le Phantom !
Le bloc de commandes, à gauche évidemment — on garde la main droite sur les gaz, merci ! — progresse par rapport au Phantom dont nous avions préalablement signalé que les boutons n’étaient pas toujours évidents à combiner en roulant. Le grand poussoir coulissant, un « joystick » dit Sena, tombe sous le gant et on pilote l’essentiel à l’aveugle après quelques sorties. En complément, les commandes vocales prennent le relais… Nombre d’actions se gèrent à la voix. En ville et sur route à allure raisonnable (disons jusque 90km/h), c’est parfaitement fluide. Sur autoroute par contre, le niveau sonore grimpe, et il faut parfois hausser franchement le ton pour se faire entendre du micro, ou votre « hey Sena » restera lettre morte. Rien d’inhabituel, somme toute.

Harman/Kardon à la baguette
Deuxième génération de la collaboration entre l’équipementier américain et Sena, et ça s’entend. Pour la musique, le rendu est profond et détaillé; on retrouve des basses suffisamment profondes, des médiums lisibles et des aigus présents mais sans acidité. Les indications GPS restent claires en fond sonore. En appel, les voix gagnent en présence et, surtout, le micro intégré fait un vrai numéro grâce à l’AINR. L’Artificial Intelligence Noise Reduction fait littéralement taire l’extérieur. Le micro en mentonnière reste sourd au vent, aux voitures, aux bruits de roulement, à votre échappement même tonitruant. C’est là que vos interlocuteurs lâchent un truc du style: “Je te croyais dans ton canapé, jamais sur une moto !”.

Mesh 3.0 pour le groupe, Wave pour l’infini (et au-delà si affinités !)
Le Mesh 3.0, c’est le top de la communication de moto à moto en Bluetooth maillé avec une portée annoncée (et vérifiée) jusqu’à 2 km pour 24 participants au maximum. C’est parfait pour la balade, les guidages partagés, les arrêts improvisés sans chorégraphie d’appairage ou simplement pour parler à son passager. Le Wave Intercom de son côté ajoute la couche “réseau cellulaire” à l’équation. Dès lors, distance et nombre de participants deviennent virtuellement illimités, avec cependant une contrepartie évidente: vous devenez dépendant de la couverture mobile. Ceci dit, pour coordonner un groupe éclaté ou discuter avec quelqu’un déjà arrivé, c’est royal…

Et puis, en comparaison avec des intercoms “clipsés”, l’intégration native du Specter élimine les fils en balade, le porte-à-faux sur la coque et les modules qui prennent le vent. Sans compter que le (dés)habillage du casque pour tout y placer n’est pas toujours si simple. Ici, tout est à sa place, sans compromettre la ligne ni le confort. Petite mention spéciale à la batterie lithium qui se cache à l’arrière : elle permet une autonomie (vérifiée ici aussi) d’une trentaine d’heures, et ça c’est une claque à la concurrence et aux intercoms rajoutés. D’ailleurs, le 60S n’en offre que la moitié si vous l’intégrez à un autre casque…



Pour conclure : une polyvalence intelligente
Le Specter coche les cases qui comptent pour un casque de route/voyage moderne: silence appréciable, stabilité, champ de vision large, confort sur la durée et une connectivité au-dessus du lot, sans bricolage ni surcoût caché. Le Specter, c’est un package de haut niveau et on a laissé un beau petit « plus » pour la fin. Les diodes rouges sur l’arrière du casque sont une plus-value incontestable en termes de sécurité. Dès qu’on a téléchargé l’application dédiée sur son portable, on a le choix entre trois configurations : feux constamment allumés, clignotement lent ou clignotement rapide de type flash. Atout supplémentaire : un accéléromètre intégré au Specter décèle les freinages et transforme vos diodes en « stop » additionnel. C’est pas bien vu, tout ça ?





