Essai de la Honda DN-01

Le dandy

Essai de la Honda DN-01

Le prototype du DN-01, présenté à Tokyo en 2005, avait focalisé toutes les attentions. Comme les dandys du XIX&deg. siècle, l’hybride signé Honda est surtout une créature urbaine qui mise sur son plumage sans pour autant négliger le ramage…Avec une plastique si décalée, le DN-01 ne peut évidemment laisser indifférent: partout, il aimante les regards et alimente les conversations. L’impression générale laissée par sa gueule  » pas possible  » reste clairement flatteuse: les sectateurs sont nettement plus nombreux que les détracteurs. Bref, en statique notre dandy en jette autant de près que de loin. Et selon nous, c’est à juste titre qu’on l’apprécie: peut-être d’ailleurs ne mesure-t-on pas encore pleinement l’audace du premier constructeur mondial qui, loin de se satisfaire d’un simple exercice d’esthétique, propose tout simplement une voie nouvelle aux orentations futures du microcosme motocycliste en l’assortissant en outre d’une avancée technologique qui pourrait faire date. Car cette HFT automatique et séquentielle -pour Human Friendly Transmission-, pièce ma&icirc.tresse du DN-01, est une éclatante réussite.

 

Judge Dredd

Essai de la Honda DN-01

S’il avait déjà existé lorsque le film est sorti, nul doute que Sylvester Stallone aurait pu chevaucher un DN-01 dans sa quête de justice futuriste. Remarquez, l’engin ne déparerait pas le garage de Batman non plus… Tout cela pour vous dire que cette Honda novatrice est à proscrire formellement pour tous ceux qui souhaitent rester discrets!Avant d’entendre la version officielle du constructeur, demandons-nous ce qu’est ce DN-01. Un sacré carrefour d’influences en tous cas: un avant de sportive (avec un museau de raie manta), une partie centrale de chopper (bicylindre, chromes, marchepieds) et un arrière évoquant sans conteste un scooter. Ajoutez-y un guidon  » de Goldwing « , un moteur de Transalp (ou de Deauville, c’est comme on veut) et une position qui rappelle furieusement celle d’un Waverunner de chez… Yamaha. Mais oui, vous savez: cette espèce de jet ski où l’on est assis et non debout. croyez-nous, c’est tout à fait ça, sauf qu’on n’est pas sur l’eau.De son côté, que dit Honda?  » Des performances de sportive, un confort de custom, une machine facilement identifiable par ses formes, performances et comportement, un fonctionnement évident pour tous, … « Nous ne souscrivons pas sans réserves à cet argumentaire commercial: on reste loin des performances d’une sportive lorsque moins de 70cv doivent tracter 269kg en ordre de marche. Par contre, nous trouvons le confort très supérieur à celui d’un custom, principalement en raison de l’absence totale de vibrations et du bon travail des suspensions. Pour ce qui est d’être reconnaissable, il n’y a pas de doute. et nous pensons en effet que le comportement du DN-01 semblera vite naturel à la grande majorité des motards.Voilà à nouveau une Honda remarquablement finie dont les plastiques s’ajustent à la perfection et dont les jantes sont superbes, d’autant que l’exemplaire arrière est mis en valeur par l’ensemble monobras/cardan. Les traitements de surface du bloc moteur, qui ne partage en fait que culasses et cylindres avec le couple Deauville/Transalp, le mettent en valeur sans ostentation dans un vrai cadre tubulaire de section plutôt importante. La fourche n’est pas réglable au contraire de l’amortisseur arrière -un vrai, comme sur une moto- qui s’ajuste en précontrainte. On note encore la présence d’un frein à main, d’un freinage couplé doté de l’ABS et d’un excellent éclairage en feu de route. Par contre, on ne peut que déplorer l’absence de rangement (on mettra juste le  » U  » Honda sous la selle passager) et celle -inexplicable- d’une jauge de température moteur au tableau de bord très automobile et un peu triste. On aurait apprécié de l’y trouver puisque le bicylindre a tendance à chauffer assez rapidement en ville. Enfin, on se console avec un voyant…

Essai de la Honda DN-01Essai de la Honda DN-01

 

 

L’expérience interdite

Essai de la Honda DN-01

Naturellement, la question récurrente c’est:  » Et comment il roule, cet engin ?  » Avant même de monter en selle, vous comprenez que les aspects pratiques ont été volontairement marginalisés par l’ingénierie. Ce qui rebute le plus un conducteur de scooter sur le DN-01, c’est l’absence de rangement. A cet égard, voici une expérience révélatrice: l’une de nos connaissances, propriétaire d’un scoot Honda 250, avait craqué pour le look inimitable du DN-01. Nous lui proposâmes donc un galop d’essai. Après trois heures à son guidon, le verdict tombe:  » C’est bien, vraiment bien. mais l’acheter, non! Sans rangement et avec si peu de protection, je ne débourse pas 12000€…  » Eh oui, dure réalité des faits: notre homme a posé d’emblée le doigt où ça fait mal. Pas de rangement, aucune protection et un prix de vente qui contraint à réfléchir. Alors quoi, tout est dit ? Non, il convient de tamiser ce jugement. Après tout, pour les motards habitués à porter leur maison sur le dos, l’absence de rangement n’est pas un vrai problème: nous savons tous que le sac à dos reste un produit d’avenir… L’absence de protection appartient également au quotidien de nombre d’entre nous, possesseurs de sportives, de customs ou de roadsters. Précisons cependant que la position  » feet first  » (pieds en avant) imposée par le DN-01 accentue fortement la pression du vent sur le buste. La bulle noire profilée n’a qu’une fonction esthétique et vous impose donc une vraie séance d’abdos dès 110/120km/h. En ce qui nous concerne, et bien que certains journalistes en aient parlé, nous n’avons ressenti aucune gêne au niveau des lombaires, parce que la selle est fort confortable et que l’amortisseur arrière travaille bien mieux que celui d’un scoot ou d’un custom. Nous avions les abdos chauds, mais sans plus. c’est un nouvelle à prendre en considération pour ceux d’entre vous qui souffrent de lombalgies.Reste à évoquer le prix: 11990€, c’est 2000 de plus qu’un Suzuki Burgman 650 et c’est plus cher qu’un gros roadster… Pourtant, nous sommes prêts à concéder que le DN-01 n’est pas loin de valoir le débours en raison tant de sa technologie embarquée que de son empreinte esthétique magistrale et de sa finition haut de gamme. D’ailleurs, le prix n’était pas l’argument rédhibitoire de notre essayeur occasionnel cité plus haut.

Essai de la Honda DN-01

 

 

Assez causé !

Essai de la Honda DN-01

Alors sachez tout de suite que la Human Friendly Transmission porte bien son nom, car le système retenu par Honda (qui commercialisa déjà un scooter sans embrayage en… 1962!) est nettement plus convivial que celui de Yamaha sur sa FJR. Ne craignez donc pas une longue période d’adaptation. comme le disait notre essayeur occasionnel:  » C’est génial, dix minutes de route et tu as tout pigé!  » Au menu, trois modes de fonctionnement sélectionnables au commodo droit: D, S et Séquentiel.- D: c’est le mode automatique standard, vous disposez d’une bo&icirc.te à 6 rapports d’une parfaite onctuosité. aucun bruit mécanique, aucun à-coup.- S: c’est le mode automatique sportif, le passage des vitesses est retardé pour plus de performances (utile dans les montées ou lorsque les dépassements se succèdent). Aucun bruit mécanique ici non plus, de très légers à-coups sont perceptibles et la consommation ne s’en ressent pas.- Séquentiel: c’est la variante la plus impressionnante du système. On change les rapports au commodo gauche et le rapport engagé est affiché au tableau de bord. Ici encore, on note une incidence négligeable sur la consommation moyenne, qui s’est établie à 5,5L/100km au cours de notre essai. L’ingénierie Honda a tout prévu: on monte et descend les rapports sans même couper les gaz. le système se charge d’éviter les désagréments (inutile d’espérer revenir en première à 60k/h et c’est tant mieux!) et en cas de freinage d’urgence par exemple, la bo&icirc.te revient d’elle même dans le rapport qui convient en fonction de votre vitesse et du régime moteur au moment de relancer.

Essai de la Honda DN-01

Bref, cette bo&icirc.te HFT nous a paru parfaite, ni plus ni moins. Statistiquement, nous avons utilisé le mode D avec prédilection. le mode séquentiel permet de s’amuser davantage puisqu’on peut tirer les rapports jusqu’au rupteur. le mode S, bien qu’utile dans certains cas, nous a semblé plus anecdotique. Et insistons une fois de plus sur les excellents chiffres de consommation relevés en dépit d’un pilotage résolument fun. Ben oui, puisque les chevaux sont limités, on en profite pour ouvrir… Remarquez que le coefficient de pénétration dans l’air du DN-01 doit être excellent, car nous l’avons emmené jusque 197km/h au compteur. A notre connaissance, ce chiffre est inaccessible aux Deauville et Transalp pourtant équipées du  » même  » bloc de 680cc.C’est vrai que, tel qu’il est présenté sur le DN-01, ce moteur est séduisant en dépit de sa puissance modérée. Ce qui frappe surtout, c’est sa disponibilité: il ne pousse jamais très fort (le 0-100km/h demande 8s) mais il ne faiblit jamais non plus, et sa souplesse est étonnante. Résultat, on a virtuellement toujours du répondant, quels que soient le régime et le mode de transmission. Là aussi, Honda mérite des éloges. C’est vrai, on aurait parfois aimé quelques canassons supplémentaires mais, honnêtement, on se satisfait volontiers de la cavalerie présente en raison de sa bonne volonté.

 

Pas mal…

Essai de la Honda DN-01

Car des chevaux en plus, le châssis les encaisserait sans mal. Soyons nets: en termes de comportement, le DN-01 n’a rien à voir avec un scooter. il s’agit bel et bien d’une moto, et personne ne s’en plaindra. Dès l’entame du roulage, on remarque que l’engin estompe fort bien l’impression de poids: les 270kg ne se font sentir qu’en manoeuvres, et encore car le centre de gravité surbaissé facilite les choses. Bo&icirc.te intuitive et poids ma&icirc.trisé, voilà déjà de quoi rasséréner les acheteurs potentiels: tout le monde s’y retrouvera. d’autant que la selle basse (690mm) convient à tous les gabarits. Seuls les plus grands verront leurs genoux dépasser les échancrures prévues par l’habillage, comme c’était le cas jadis sur les X-11. Mais comme la selle est suffisamment spacieuse pour permettre de moduler sa position, on ne s’en plaindra pas.Confort de suspensions réel, confort de selle pullman, absence de vibrations, position relativement naturelle: s’il n’y avait la pression du vent, le DN-01 serait vraiment convivial. Et d’ailleurs, il sait aussi accueillir son passager grâce à sa sellerie arrière tout aussi bonne et à ses poignées bien conçues. Si vous voulez gâter votre passager, un dosseret est disponible en option, comme des tas d’autres aménagements pratiques (valises latérales, feux xénon, …) ou  » bling bling  » (pièces en alu brossé, selles en cuir, GPS, ligne de vêtements, …)Lorsque le rythme s’accélère, on apprécie donc la disponibilité exemplaire du bicylindre. On s’amuse vite également d’un châssis extrêmement sain qui n’exclut nullement un pilotage aux accents sportifs. Bien entendu, avec son empattement important, le DN-01 ne prend pas la corde comme une sportive: il  » tombe  » un peu en entrée de courbe et réclame ensuite un léger effort pour le maintenir sur sa ligne, mais il ne se désunit pas même sur des revêtements bosselés. En courbe, on touche relativement vite avec les marchepieds, mais le DN-01 prend assez d’angle pour vous procurer un réel plaisir de pilotage. Et c’est d’autant plus vrai que sa stabilité est royale. que ce soit en courbe lente ou rapide, ou encore à près de 200 sur l’autoroute, il ne bouge absolument pas, et c’est plutôt inattendu. Quand on vous disait qu’il n’a rien à voir avec un scooter!Et quand vient le moment de s’arrêter, vous pouvez tout autant lui faire confiance: étriers (à 6 pistons à l’avant, svp!) et disques sont costauds tandis que le couplage et l’ABS (qui intervient tard) s’additionnent pour permette des rétrogradations de haut niveau en toute sécurité. Dans ce domaine aussi, le DN-01 fait fort car la puissance de freinage est bien là mais avec une dosabilité et un feeling tels que même un débutant s’y ferait en quelques kilomètres.

 

Ben alors ?

En toute objectivité, il n’y a vraiment guère de griefs à adresser à ce superbe engin. Cela étant, et comme le disait ironiquement le mécano Honda au terme de l’essai:  » En effet, il est très bien. maintenant, on n’a plus qu’à lui trouver des acheteurs!  » Ne le cachons pas: en Belgique, le DN-01 ne se vend pas… Chez le premier constructeur mondial, on l’explique en disant qu’un produit d’une telle originalité ne peut s’imposer de suite, il doit d’abord vaincre un certain traditionalisme (immobilisme?) du public. Ensuite on incrimine son prix. Nous ajouterions volontiers que, pour le public peu averti, le DN-01 a juste l’air d’un gros scooter à l’allure originale (comme le PC 800 dans le temps) et qu’on se demande donc pourquoi le payer si cher. Mais c’est lui faire injure que d’oublier ses qualités dynamiques et son extraordinaire transmission HFT. S’il ne se vend pas, peut-être ouvrira-t-il néanmoins des voies futures. car cette bo&icirc.te, nous la verrions avec plaisir sur d’autres styles de motos. Au quotidien, le DN-01 sait se montrer agréable et sobre, le manque de rangements nous semblant accessoire. il est efficace, sécurisant et diablement original. Ceux qui le conduiront ne s’en plaindront pas. Seront-ils nombreux ? C’est toute la question.

Essai de la Honda DN-01

 

 

Fiche Technique

Honda DN-01

Moteur :bicylindre en V à 52&deg., 680 cm3, 4-temps, refroidi par eau, simple ACT, 8 soupapes, 61 chevaux à 7 500 tr/min, 6,5 mkg à 6 000 tr/min. Injection électronique. Transmission : embrayage HFT avec contrôle interne hydraulique, entra&icirc.nement automatique, bo&icirc.te à variation continue. Transmission finale par cardan. Partie-cycle :cadre double berceau en tubes d’acier. Suspensions AV/AR : frouche &oslash. 41 mm, déb. 106 mm / monoamortisseur réglable en précharge (7 positions), déb. 120 mm. Freins AV/AR couplés : 2 disques &oslash. 296 mm à étriers 3 pistons, ABS / 1 disque &oslash. 276 mm à étrier 2 pistons, ABS. Pneus AV/AR : 130/70 x 17 . 190/50 x 17. Réservoir (dont réserve) : 15 litres (3 litres). Poids tous pleins faits : 270 kg. Longueur 2 215 mmLargeur 820 mmHauteur 1 115 mmEmpattement 1 605 mmGarde au sol 135 mmHauteur de selle 690 mm
« 

Rude42
Je suis motard et rien de ce qui est motard ne m'est étranger.
Article précédentQuad Masai A450 – 2006
Article suivantBimota DB6 Delirio

Articles similaires

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

[fbcomments url="http://peadig.com/wordpress-plugins/facebook-comments/" width="375" count="off" num="3" countmsg="wonderful comments!"]

Suivez-nous

15,371FansLike
201FollowersFollow
2,530SubscribersSubscribe
Publicité

Populaire cette semaine

Publicité