Alpinestars en mode touring

Nul besoin de présenter Alpinestars pour son implication dans la compétition sur deux ou sur quatre roues. Ceci dit, le réputé équipementier italien exporte aussi son savoir-faire dans la sphère touring et désire le faire savoir. Voici un essai riche d’enseignements sur sa vaste gamme.

Si lors de sa création en 1963, Alpinestars conçut d’abord des chaussures de randonnée et de ski, la firme s’orientera très vite vers la moto par le biais du motocross; notre multiple champion du monde Roger De Coster sera d’ailleurs son premier ambassadeur. Alpinestars se diversifiera ensuite dans la vitesse pure, la F1 et le VTT en produisant même des vélos pendant un temps! A l’heure où les motards au quotidien sont de plus en plus nombreux, il allait de soi que les Italiens s’intéressent au segment touring.  Au menu de notre test, l’ensemble veste et pantalon Yaguara (599,95€ + 299,95€), les bottes et les gants Patron Gore-tex (299,95€ + 179,95€) et les sous-vêtements thermiques Ride Tech Winter (69,95€ + 64,95€).

Alpinestars en mode touring
Sans airbag, la poche dorsale est disponible pour cette protection dorsale

Pour expliquer certaines de nos réflexions à venir, précisons que l’ensemble Yaguara n’était pas celui que nous avions demandé à l’équipementier. En effet, pour constituer un tout cohérent avec les bottes et les gants, nous avions opté pour l’ensemble Patron Gore-tex et c’est un problème de tailles non disponibles qui a induit Alpinestars à nous envoyer plutôt du Yaguara. On comprend le choix des Italiens dans la mesure où, à la différence de la veste Patron, la Yaguara est compatible avec l’airbag embarqué  Tech Air Street, dérivé de ce que portent les pilotes en compétition. La veste Yaguara en effet est pré-câblée pour accueillir l’airbag -lequel embarque aussi une protection dorsale- et présente sur la manche gauche des voyants de contrôle de l’état de charge de l’airbag. Sachez toutefois que pour disposer de cette indéniable plus-value sécuritaire, il vous en coûtera… 1199,95€ supplémentaires.

Alpinestars en mode touring
Airbag connecté à Yaguara (photo: Bike-urious.com)
Alpinestars en mode touring
Témoins de maintenance (photo: Bike-urious.com)

Yaguara

Une ville des Andes colombiennes, voilà bien un patronyme qui évoque l’aventure. Dès le déballage, on est attiré par les finitions de la veste comme du pantalon et par les attentions accordées à l’utilisateur. La première est d’ordre technique : Yaguara n’embarque aucune membrane étanche amovible car le Drystar (une sorte de Gore-tex propre à Alpinestars, tout aussi imperméable mais un peu moins respirant) est ici laminé à chaud sur la surface en polyamide stratifié de la veste et du pantalon. Ce procédé n’a que des avantages car l’étanchéité est parfaite sans que les vêtements puissent se gorger d’eau puisqu’elle est stoppée à l’extérieur ; en plus, ils sèchent nettement plus vite et enfin, ça vous fait une membrane de moins à ôter pour profiter des aérations. De son côté, le pantalon a la bonne idée d’offrir des bretelles amovibles, bien plus pratiques qu’une solidarisation de la veste et du pantalon par zip.

Alpinestars en mode touring

On note par ailleurs les tirettes  imperméables, les poches nombreuses et les possibilités d’adaptation fine à sa morphologie. A un niveau de détail, on remarque les doubles réglages (par velcros) en bas de manches et en bas de pantalon ; ce qui est épatant pour les adapter à la taille des manchettes de vos gants ou au volume de vos bottes et justement, les boots Patron sont très épais au niveau du tibia. Dans le même ordre d’idées, les aérations sont pléthoriques (8 rien que sur la veste !) et le col est même nanti d’un petit crochet permettant de le laisser ouvert lorsqu’il fait chaud sans qu’il batte à tous vents. On apprécie aussi que les protections d’épaules et de coudes soient de niveau 2 et présentent une structure en treillis pour mieux évacuer la transpiration. On le voit, tout est fait pour que Yaguara ne vous donne pas trop chaud lors de vos escapades estivales dans des contrées lointaines. Moins pittoresque, le sauna bruxelloise permet aussi de vérifier que l’ensemble Yaguara ne vous donne pas vite chaud et en tous cas moins que les autres ensembles synthétiques que nous connaissons, lesquels sont très nombreux…

Alpinestars en mode touring
Sans originalité spécifique, la coupe reste élégante. Grâce au laminage de la membrane, la surface de la Yaguara est peu salissante

Fort bien, mais quand on roule l’hiver dans des contextes moins dépaysants que l’Amérique du Sud ? Au secours : Alpinestars a oublié de me livrer les doublures hiver de mon ensemble… Eh bien non, ce n’est pas un oubli ; la veste et le pantalon Yaguara sont bel et bien livrés sans insert thermique ! Dans le cas de la veste, on veut bien admettre qu’il faille conserver de l’aisance pour y connecter l’airbag ; mais en ce qui concerne le pantalon, l’explication ne tient pas. Bien qu’avec toutes les aérations scellées, l’ensemble Yaguara vous isole parfaitement des courants d’air, il reste qu’il s’avère incapable d’affronter l’hiver tel quel. D’où la nécessité de porter les sous-vêtements Ride Tech Winter sur lesquels nous reviendront plus bas. Pour plus de précision, essayons de quantifier les données de notre test hivernal : avec juste l’ensemble Yaguara sur le dos et un pull normal par dessous, vous roulerez confortablement jusqu’à 13/14 degrés ; avec les sous-vêtements thermiques Ride Tech Winter, vous pourrez descendre à 7/8 degrés et si vous y ajoutez une sous-veste hiver comme certaines marques en proposent (dont Alpinestars ou Knox par exemple), vous pourrez envisager de rouler par des températures juste positives.

Alpinestars en mode touring
La double fermeture en bas de jambe s’adapte à toutes les bottes. Notez le réglage supplémentaire sous le genou

S’il gèle, vous souffrirez, même dans ce dernier cas de figure ; nous en avons fait l’expérience plus d’une fois cet hiver sur une VFR800 et sur une Pan European qui protège pourtant fort bien. On touche ainsi à la principale limitation de l’ensemble Yaguara: en dépit de sa haute technicité, il reste un équipement trois saisons car l’absence d’inserts thermiques dans la veste et le pantalon n’est que partiellement compensée par les équipements additionnels et ne lui permet pas d’affronter les jours les plus froids de l’hiver. Vous objecterez pertinemment que tout le monde ne roule pas par -10° mais nous rétorquerons alors que pour le prix affiché (on est à 900€ pour la veste et son pantalon), on était en droit d’attendre une plage d’utilisation tous temps…

En vérité, ce qui ressort de tout cela c’est que le choix d’un ensemble Yaguara est surtout indiqué si vous comptez y adjoindre l’airbag, qui vous permettra de rouler mieux protégé que vous ne l’avez jamais été puisqu’il lui suffit, rappelons-le, de 25 millisecondes pour se déployer. Sans lui au contraire, vous embarquez tout un pré-câblage et des voyants inutiles, une technologie qui vous est cependant facturée. C’est précisément pourquoi, à l’origine, nous avions jeté notre dévolu sur un ensemble Patron plutôt que sur le Yaguara… Ceci dit, il est vrai que notre veste et notre pantalon arborent de nombreuses qualités.

Alpinestars en mode touring
Les deux autres versions disponibles…
Alpinestars en mode touring

La membrane Drystar laminée en surface est probablement la solution la plus étanche et la plus pratique qui existe, remémorez-vous ses avantages cités plus haut et ajoutons-y qu’une membrane amovible peut se déchirer à l’usage alors que c’est impossible dans notre cas. De même, les multiples aérations (mention spéciale à celles qui se trouvent à hauteur des clavicules), les réglages morphologiques à profusion et les nombreuses vastes poches sont des plus incontestables. Outre cela, on citera aussi les finitions exemplaires et un souci du détail omniprésent qui font honneur à Alpinestars et qui vous font porter l’ensemble avec un zeste de fierté, certes un peu futile, mais réelle. Un autre élément qu’on peut souligner sur l’ensemble Yaguara, et c’est un peu la qualité de son défaut, c’est que l’absence de membranes intérieures le rend plus respirant que maints autres équipements en matière synthétique; on le porte donc en ville ou à l’intérieur plus confortablement que d’autres ensembles qui se muent en étuves dès qu’on cesse de rouler. Au fond, pour adopter Yaguara, il faut juste accepter de remiser sa moto quand il gèle, à moins qu’on ne roule que sur de petites distances.

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La membrane Drystar laminée, il n’y a (probablement) pas mieux!

Patron Gore-tex 

A notre agenda, le test des bottes et des gants qui viennent compléter l’ensemble Yaguara.

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Notez l’attelle visible dans la botte

On notera d’emblée un certain déséquilibre entre des bottes résolument toutes saisons et des gants qui, à l’instar de l’ensemble Yaguara, ne pourront affronter l’hiver que s’ils sont secondés par des poignées chauffantes. Remarquez, ce n’est pas une surprise puisque Alpinestars présente bien ses gants Patron comme des « mi-saison ». Au-delà de ça, ces gants très légers (140g chacun) sont pleins de qualité dont la principale est que, comme c’est le cas pour les gants racing de la marque, ils épousent si bien les formes de votre main qu’ils se font totalement oublier. Etant donné que leur cuir reste fin et qu’ici aussi la membrane étanche est laminée sur la surface externe, le senti des commandes frise la perfection. Comme il se doit, l’imperméabilité est sans faille et, grâce au Gore-tex, les gants permettent à vos mains de respirer même en ville par des températures excédant 20°. Il nous faut encore préciser que la manchette des Patron est fort bien conçue dans la mesure où elle est assez longue pour englober le bas de votre manche de veste et assez fine pour pouvoir aussi s’y introduire lorsque les conditions météo l’exigent.

Alpinestars en mode touring

Les protections, qui ont le bon goût de rester discrètes, sont présentes à tous les endroits névralgiques (phalanges, paume, articulations) et hébergent aussi le fameux « pont » breveté solidarisant l’annulaire et l’auriculaire pour réduire les risques de fracture; encore un apport incontestable en provenance du monde de la course. Trois avantages encore pour terminer: des inserts réfléchissants sont présents sur le dos de la main et sur deux doigts; l’index est pourvu d’une raclette essuie-glace bien pratique et profite en plus de la technologie Touch Screen qui vous permet de manipuler vos écrans tactiles sans ôter vos gants.

Alpinestars en mode touring

Passons aux bottes, en cuir pleine fleur premium, dont le poids est dans la norme avec 1125g chacune en pointure 46. Equipées en Gore-tex elles aussi mais sans laminage, ces bottes héritent d’une membrane qui les rend 100% étanches; les longues pluies subies en fin d’hiver et au début du printemps en attestent. Sans surprise grâce au Gore-tex, elles laissent correctement respirer les pieds. Bien que le modèle s’avère assez massif visuellement (c’est dû à la conception avec double zip et double velcro), les bottes Patron se portent comme des pantoufles; elles rejoignent en cela les gants et se font oublier dès qu’elles sont chaussées. Outre ceci, nous apprécions beaucoup le travail effectué au niveau de la sécurité: les Patron rappellent le célèbre modèle racing Supertech R et offrent une « botte dans la botte », une attelle dit Alpinestars, qui vient épouser votre morphologie au plus près pour mieux la protéger.

Alpinestars en mode touring
De vraies pantoufles, mais assez encombrantes sur le haut de la tige

Notons de surcroît la présence de contreforts au talon et en pointe, et de protecteurs spécifiques à double densité autour de la cheville et devant le tibia. De même que les gants Patron sont parfaits si l’on excepte qu’ils n’isolent pas assez du froid, les bottes seraient impeccables s’il n’y avait leur fermeture: le système à double tirette et double velcro rend toute manipulation assez fastidieuse et, alors qu’il est conçu pour que l’utilisateur puisse finement accorder la botte à ses particularités anatomiques, il faut souvent se contenter d’une fermeture imparfaite car une fois qu’un des zips est fermé jusqu’en haut, faire de même avec le second est difficile. Belle occasion de vérifier que le mieux est l’ennemi du bien…

Ride Tech Winter

Ces sous-vêtements très techniques nous ont donc été fournis par Alpinestars pour pallier le déficit d’isolation thermique constaté sur l’ensemble Yaguara. Une fois qu’on s’en équipe, on sait ce qu’éprouvent les dames qui mettent des bas: les Ride Tech Winter vous collent tellement à la peau qu’ils réclament un effort pour être mis en place. C’est normal puisque, dans son dossier de presse, Alpine stars parle d’un ajustement compressif supportant les muscles pour réduire la fatigue. S’il nous est malaisé d’affirmer que ces collants réduisent effectivement la fatigue, il est certain par contre qu’ils se font oublier et sont dès lors très confortables à porter. L’absence totale de coutures dans leur conception n’y est pas étrangère.

Alpinestars en mode touring
Les Ride Tech vous font littéralement une seconde peau

Le principe d’isolation des Ride Tech Winter, c’est une construction en polypropylène (avec de l’élasthanne pour l’élasticité) évacuant très bien l’humidité pour assurer une protection thermique maximale, et ça marche: l’isolation thermique est effective sans être exceptionnelle (on n’est pas au niveau des Oxford Chill out par exemple, mais la « respirabilité » de l’ensemble est étonnante, nous l’avons souvent vérifié dans des magasins ou dans des bureaux où nous séjournions un long moment sans surchauffer. Les Ride Tech Winter atteignent donc une moyenne très intéressante entre la protection thermique et l’indispensable dissipation de la sueur. Dernier point pertinent, ces sous-vêtements apportent aussi leur lot à la sécurité parce que leur revêtement est fait d’un tissu à double densité dans les zones les plus exposées.           

Alpinestars en mode touring

Faisons nos comptes

Au-delà de l’indiscutable prestige d’Alpinestars et de ses tarifs relativement élitistes, que nous inspirent ces quelques mois d’essai depuis la fin de l’automne? La technicité de tous ces équipements, leurs finitions et ce confort qui les fait oublier lorsqu’on les porte sont de gros points forts de la gamme. Si leurs limitations peuvent s’expliquer logiquement (comme l’absence d’insert thermique pour laisser la place à l’airbag), elles n’en restent pas moins effectives. Nous conclurons donc en disant qu’il faut être conscient de ce qu’on achète: Yaguara est un choix parfait pour qui ne roule pas lorsqu’il gèle et à condition d’y intégrer l’airbag, sans quoi on payera inutilement tout le pré-équipement requis par le système Tech Air Street. Les bottes Patron sont impeccables en termes d’isolation et de sécurité mais leur double fermeture se révèle fastidieuse. Quant aux gants et aux sous-couches Ride Tech Winter, ils jouissent de notre approbation sans réserve.

Rude42
Je suis motard et rien de ce qui est motard ne m'est étranger.

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