On rigole en tant que motard en voyant les jeunes rouler sur des petites sportives. On a une fâcheuse tendance à oublier qu’il fut un temps où les petites cylindrées étaient des motos respectables et respectées. Votre serviteur, himself, a usé ses pantalons et ses sliders sur une petite Kawasaki ZXR400 avant de passer sur la grande sœur 750. Et croyez-moi bien, j’en garde d’excellents souvenirs. Donc, à la lecture de la liste émise par notre grand maître à tous, j’ai nommé Diabolosyl, j’ai craqué à la vue de la présence de la ZX4RR. Nostalgie quand tu nous tiens…


Commençons par quelques chiffres qui peuvent prêter à sourire mais qui parleront aux plus anciens d’entre nous : 77cv à 14.500T/Min mais 80cv avec le Ram air. 189Kg tous pleins faits. Ah tiens, ça cause moins du coup au fond de la classe.
Allez, on part sur le chapitre moteur directement pour allécher le chaland.


Un petit bloc 4 cylindres de 399cm³, 4 temps forcément, injection d’office et 4 soupapes par cylindre. Juste pour vous donner l’image de ce bloc moteur, le diamètre des pistons est de 57 mm et la cours de 39.1mm. Et la zone rouge commence à 16.000T/Min, rien que cela. Alors, oui il faut jouer de la boîte de vitesse, maintenir le moteur au-dessus de 10.000 Tours sinon, c’est mou, même fort mou. Mais si vous restez au-delà de ce chiffre, vous aurez la banane constamment vissée sur le visage. Ce moteur est un hurleur, il crie de rage, grogne, explose comme un chat sauvage et il est amusant, jouissif de rouler sur les petites routes sinueuses dans ces régimes moteur. La conduite, pardon, le pilotage devient incisif, à la seule condition de ne pas freiner, de garder de la vitesse et du régime en courbe sinon, tout s’effondre et il faudra rentrer un voire deux rapports pour repartir à l’assaut et à la chasse au chrono.

Le revers de la médaille, ce moteur est creux, on dirait presque un bon vieux 2 temps, rien en bas, tout en haut. Au quotidien, pour aller bosser, soit c’est attaque permanente et chasse à la trajectoire parfaite, soit c’est sous-régimes et mollesse somnifère.









Pour la partie cycle, rien de mauvais. Même si on aurait apprécié un cadre périmétrique en alu, le choix de l’acier peut se comprendre au vu de la facture présentée lors de l’achat de cette bombe verte. La fourche Showa inversée de 37mm SFF-BP à gros piston reçoit un réglage de précharge tandis que pour l’arrière, c’est aussi du Showa , un modèle BFRC Lite avec plus de possibilités de réglages incluant la compression, la détente et la précharge. De quoi jouer au pilote d’usine sur le grand-Prix du championnat du monde de votre quartier.





Pour arrêter le monstre vert, Tokico apporte des étriers 4 pistons radiaux mais badgés Kawasaki. Ils pincent efficacement des disques de 290mm de diamètre. L’arrière se contente d’un disque de 220mm et un étrier simple piston. Le tout est sous assistance d’un ABS parfois intrusif mais toujours bienveillant. Les jantes forgées chaussant les pneus sport en 120/70/17 devant et 160/60/17 derrière.

Le moteur, c’est fait, la partie cycle aussi. Passons voir du côté de l’accastillage.








Là aussi, rien à redire, Kawasaki a doté cette ZX4RR du design de ses grandes sœurs. De loin et vite, on pourrait la confondre avec une ZX6RR, avouez qu’il y a pire comme comparaison. Le look est clairement inspiré des Supersports de la marque et tout y est.


Le petit réservoir trapu de 15 litres offre une sensation de compacité et les demis guidons ancrés sous le Té de fourche vous posent sur l’avant sans obliger à une position extrême. Bon, les jambes sont repliées et les longues balades de 400km ne sont pas à l’ordre du jour sans pauses. La ZX4RR n’est pas conçue pour cela, il y la gamme Versys pour vous. Maintenant, pour avoir passé une semaine en sa compagnie, il n’y a pas eu de moments douloureux au point de devoir m’arrêter, le manque de protection face au vent supporte votre buste et soulage la pression sur la nuque. La selle est relativement confortable et dans l’ensemble, cette ZX4RR est vivable au quotidien.







Pour tenir la ZX4RR sur ses roues, Kawasaki la dotée d’assistances électroniques comme ses grandes sœurs. Le KTRC et ses différents modes sont présents à bord mais malgré la pluie (très rare cette saison), je n’ai pas enclenché le mode Rain, je suis passé sur le mode Road. Les 95% de l’essai, le mode sport a été choisi pour son efficacité et le plaisir qu’il délivre. On est en droit de se poser la question de la nécessité de toutes ces assistances. Mais bon, les arguments de vente sont là et les jeunes motards friands de technologie sont demandeurs.






Si vous décidez d’aller poser vos pneus sur circuit, ce dont est tout à fait capable cette ZX4RR (elle est demandeuse), un peu moins de 10 minutes seront nécessaires pour enlever l’équipement Street Legal et de la passer en mode circuit. Pratique et efficace. Du circuit avec une ZX4RR ? oui, tout à fait, elle y délivrera sont potentiel et vous apprendrez à trajecter, à freiner le plus tard possible en rentrant un rapport pour garder le bon régime moteur sous peine de punition (arrêt complet) en sortie de courbe. Les longues lignes droites vous permettront d’accrocher un bon 210Km/h mais elles devront être longues et vous très patient. En revanche, un circuit court et sinueux stoppera les sourires moqueurs rencontrés dans les paddocks. Sa vivacité, sa rage dans les tours et ses hurlements sauvages émis par la boîte à air lui feront gagner le respect. Si en plus, vous êtes habiles, il y a de quoi vraiment bien s’amuser. Comme quoi, peu importe le flacon, pour tant qu’on en ait l’ivresse.

Alors, cette Kawasaki ZX4RR est -elle l’arme ultime pour les jeunes ? Oui et non. Oui, car en plus de son look, de son moteur de folie et de ses équipement dignes de ses grandes sœurs, elle offre un plaisir de pilotage, un confort étonnant, un écolage pour futur pilote de grosse cylindrée. Elle pardonne tout sauf le sous-régime moteur, la sanction est immédiate dans ce cas là.

Les frais d’exploitation seront à la hauteur de ses performances. Les 1700 kilomètres d’essai avaient bien entamés la vie des pneus, le budget essence frôle les 5 litres au 100km et les plaquettes de freins et autre kit chaîne auront leur mot à dire sur les factures. L’entretien d’une moto de sport est onéreux mais est en rapport avec le plaisir. Un propriétaire de Porsche ne se plaint pas au vu du plaisir ressenti. Pour cette ZX4RR, c’est identique.
Non, car proposée à un prix frôlant les 10.000€, 9899€ pour être exact, elle se heurte à une concurrence qui offre d’autres arguments. Cylindrée plus grosse, architecture moteur, renommée, les prétendantes sont féroces entre elles et il n’y aucune pitié dans ce créneau. Reste l’aura de Kawasaki, le Patronyme ZX4RR et ce vert, cette couleur que l’on craint de voir apparaître dans ses rétroviseurs. Les afficionados de la marque ne cesseront de le dire, goûter un jour à une Ninja, c’est être mordu pour le restant de ses jours.
Après une semaine d’essai plus qu’amusante, il a fallu m’injecter un antidote sinon, le poison vert aurait pu faire son effet. J’ai ressenti un manque après l’avoir rendue, les souvenirs de ses hurlement moteurs, des rentrées en courbes sur les freins, deux rapports de moins et gaz en grand pour la sortie.



Loin d’être raisonnable mais bon, la moto se vit aussi avec le cœur et pas qu’avec la raison. Rien que pour cela, la ZX4RR est une bonne moto. Merci Kawasaki san de m’avoir permis de retrouver mes 20 ans !
Lolobadboy





