EMC sur BMW R850R: ode à la précision

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Sur ces pavés, les amortisseurs EMC donnent leur pleine mesure.

En remplaçant les Showa d’origine d’une R850R de 1996 par une paire d’amortisseurs EMC, la vieille BMW ne gagne pas seulement en rigueur: elle retrouve du maintien, du confort et plus de vérité dans ses réactions.

Il existe deux façons de remplacer des suspensions sur une moto ancienne. La première consiste à remettre du neuf là où l’usure a fait son œuvre, avec l’idée raisonnable de retrouver un comportement conforme à l’origine. La seconde est plus ambitieuse: profiter du remplacement pour élever le niveau de la machine, en lui offrant ce qui ne fut pas son partage jusque-là. C’est clairement dans cette seconde catégorie que s’inscrit le montage d’une paire d’EMC Road 1 sur notre BMW R850R de 1996. Les Road 1 sont des amortisseurs à chambre de gaz, donc sans émulsion, ce qui est un plus pour la cohérence de leur comportement dans toutes les conditions de roulage.

La moto n’était pas condamnée au musée ou à la naphtaline, loin de là. Son kilométrage très limité après une longue immobilisation fait que sa base reste saine, et le flat-twin bavarois conserve ce mélange de bon sens mécanique et de placidité robuste qui fait encore son charme. Mais après trente ans de service, dont plus de vingt à l’arrêt, les Showa d’origine commençaient à composer avec davantage de fatigue et d’usure que de conviction. Rien de rédhibitoire ni d’indigne, simplement cette lente dérive que connaissent toutes les suspensions vieillissantes: moins de tenue, moins de liant, et surtout moins de finesse dans la manière d’absorber les irrégularités de nos routes.

Avec si peu de kilomètres, notre vieille « béhème » valait bien une seconde jeunesse!

Sur ce point, nos chaussées belges, couturées et rapiécées de partout en raison de l’incurie de nos décideurs,  savent se montrer d’une pédagogie cruelle. Leur incurie ? Bien sûr, ils invoqueront le manque de budget, omettant qu’il leur incombait à eux de le voter s’ils avaient eu l’intention politique de changer les choses. Bref : raccords de bitume, pavés, déformations, bosses anodines sur le papier mais bien réelles dans les poignets: la BMW encaissait tout cela avec une raideur grandissante et un contrôle devenu un peu plus approximatif qu’autrefois.

Une qualité perçue en nette hausse

Avant même de rouler, les EMC installent un autre décor. Corps en aluminium, usinage précis, fixations sérieuses, finition nette: on quitte ici l’univers du simple remplacement fonctionnel. Ces combinés donnent à voir un produit de belle facture, pensé avec soin, et cela se sent immédiatement au regard comme à la manipulation. De plus, avant de vous les fabriquer, EMC s’enquiert de votre poids, de votre type de conduite, des charges que vous emportez, etc. C’est l à une manière pertinente d’adapter le produit que vous recevrez à la réalité de votre quotidien. Une plus-value indéniable.

« C’est beau », s’exclama notre mécano attitré en déballant le Road 1.

Sur une moto de cet âge, le supplément de qualité perçue n’a rien d’anecdotique. Il installe l’idée que l’on ne remet pas seulement la machine sur roues; on la revalorise mécaniquement. Et dans le cas d’une BMW des années 1990, dont la conception n’a jamais cédé aux coquetteries inutiles, cet apport de noblesse technique s’intègre finalement très bien à l’ensemble.

Autre bonne surprise: le montage. Avec BMW, on redoute toujours un peu quelque raffinement de conception devenu obscur à force d’être original. Or, ici, la facilité d’installation mérite d’être saluée. Même sur une bavaroise parfois volontiers alambiquée dans ses choix d’origine, les EMC se mettent en place sans anicroche.  

La même, mais en mieux

Les premiers kilomètres suffisent à poser le diagnostic : la rigueur supérieure du guidage s’impose immédiatement. La R850R paraît soudain plus claire dans son comportement. Là où les Showa fatigués laissaient s’installer une forme de flou, les EMC remettent de la cohérence dans chaque mouvement. Le cap est mieux tenu, les réactions sont plus propres, les transferts plus lisibles. La moto cesse de “composer” avec la route pour recommencer à l’épouser correctement.

Cela se vérifie tout particulièrement sur les virages bosselés. Avec les éléments d’origine, ce type d’irrégularité pouvait troubler la trajectoire, voire imposer une légère correction. Désormais, la BMW passe, absorbe, et continue. Le cap n’est pas altéré. Il n’y a ni ondulation parasite du châssis, ni réaction désordonnée dans la suspension. La sérénité qui en découle est l’un des gains les plus appréciables du montage.

Par rapport au Showa d’origine, notez le nombre de spires nettement plus important sur l’élément EMC: un gage d’amortissement optimisé!

La même impression domine à haute vitesse et en charge. L’assiette reste constante, la moto conserve son équilibre longitudinal, et cette tenue d’ensemble contribue directement à la stabilité générale. Ce n’est pas simplement plus flatteur; c’est plus sûr.

Telelever :  avec ou sans filtre ?

Le cas de la BMW à Telelever/Paralever mérite un développement particulier. Car ce système, aussi efficace soit-il, a toujours eu un revers: sa capacité à filtrer les sensations, voire à les gommer. Le train avant travaille, mais parle peu. Il informe, mais avec le tact d’un diplomate allemand.

Avec les EMC, une partie de ce voile se lève. On redécouvre le train avant. Le grip devient plus perceptible, la route remonte vers vous avec davantage de netteté, et la roue avant semble enfin renouer un dialogue plus direct avec le pilote. Qu’on se rassure: la BMW ne devient pas une machine nerveuse ou démonstrative. Elle reste fidèle à son ADN. Mais elle abandonne une part de ce caractère trop filtré qui faisait parfois écran entre l’homme et l’asphalte.

Cette amélioration profite énormément à la neutralité en entrée de courbe. On inscrit la moto avec plus de naturel, on rejoint le point de corde avec davantage de facilité, et l’ensemble paraît plus évident, moins laborieux. Une bonne suspension ne transforme pas une moto en autre chose qu’elle-même; elle lui permet simplement d’exprimer son potentiel sans brouiller le message. C’est exactement ce qui se passe ici.

Le remplacement des amortisseurs n’a pas posé de problème particulier.

La « R » se remet les idées en ligne

À l’accélération, l’apport de l’amortisseur arrière saute lui aussi aux sens. L’arrière ne s’affaisse pratiquement plus, le cabrage est nettement limité, et la sensation de poussée gagne en franchise. La moto transmet mieux son effort, avec moins de mouvements parasites et davantage d’efficacité.

Ce meilleur contrôle longitudinal profite logiquement à la motricité en sortie de courbe. Quand la suspension arrière cesse de pomper et maintient le pneu dans une fenêtre de fonctionnement plus stable et plus prévisible, la remise des gaz devient plus sereine, plus nette, presque plus pleine. Sur une R850R, on ne parle évidemment pas de chronos, mais de qualité de liaison entre moteur, châssis et revêtement. Et cette qualité progresse sensiblement.

Au freinage, même bénéfice: les EMC verrouillent l’assiette avec une autorité qui évite tout rebond nuisible. La machine demeure plus horizontale, plus stable, plus posée sur son axe. L’amortissement ne fige pas la moto; il en discipline les mouvements. Toute la différence est là, et elle change en partie la perception du châssis.

La qualité perçue est tout autre, même à l’arrêt.

Plus ferme mais… plus douce !

C’est peut-être sur ce point que les EMC surprennent le plus. On s’attend souvent, à tort, à ce qu’une suspension plus rigoureuse devienne mécaniquement moins confortable. Or, ici, c’est l’inverse qui se produit.

La capacité d’absorption sur les petites irrégularités est supérieure à celle des éléments d’origine. Pavés, raccords, bosses courtes: la BMW donne littéralement l’impression de survoler ce que ses anciens amortisseurs se contentaient de subir. Les percussions remontent moins dans les poignets, moins dans les lombaires, et l’agrément quotidien y gagne énormément.

Cette qualité tient à la progressivité du ressort et de l’hydraulique, sensiblement meilleure qu’avec les Showa vieillissants. L’amortissement devient plus onctueux, plus raffiné dans sa manière d’accompagner le mouvement. À cet égard, le travail d’EMC n’est pas sans rappeler ce que savent faire les Hollandais de Hyperpro: marier maintien et moelleux avec une intelligence rare.

Mais ce qui séduit le plus, c’est la rigueur hydraulique. Les mouvements sont freinés de manière constante, sans approximation, sans cette mollesse un peu désordonnée qui donne parfois l’impression de piloter une pompe à vélo ou… une saucisse de Francfort. Avec les EMC, ce flou disparaît. La suspension travaille mieux, la moto ne bouge plus inutilement, et donc le pilote se fatigue moins. Le bénéfice est mécanique, mais aussi physique.

C’est là qu’EMC résout une équation que seuls les bons spécialistes savent traiter: donner à la machine ce qu’il faut de fermeté pour être efficace, sans que cela nuise au confort. Cette qualité cardinale évoque d’ailleurs ce que l’on admire traditionnellement chez Öhlins: de la tenue, du contrôle, mais jamais au prix d’une sécheresse punitive.

A vrai dire, la vénérable Allemande n’est plus la même une fois suspendue par EMC…

Simplicité bienvenue

Autre mérite des EMC: ils ne cherchent pas à flatter le propriétaire par une inflation de réglages abscons. Outre la précontrainte de ressort, ajustable à l’aide des clés à ergot fournies, l’utilisateur dispose d’une seule molette synchronisant détente et compression.

Pour certains pistards, cela paraîtra trop simple. Pour un usage routier intelligent voire sportif à ses heures, c’est au contraire une excellente nouvelle. Inutile de se perdre dans une infinité de configurations possibles, de compter des clics comme un moine médiéval compte ses péchés, ou de dérégler en dix minutes ce que des ingénieurs ont mis des mois à mettre au point. Ici, on ajuste, on comprend, on roule. Et c’est très bien ainsi.

A l’avant comme à l’arrière, la jolie mollette bleue synchronise détente et compression.

Bon goût mécanique, facture démocratique

La question du prix est inévitable, surtout lorsqu’il s’agit d’équiper une moto ancienne dont la valeur marchande ne justifie pas toutes les audaces financières. Et sur ce terrain, EMC frappe juste.

Chez EMC, l’ « upgrade » de notre R850R revient à 390€ (amortisseur Road 1 avant) plus 550€ (amortisseur Road 1 arrière) ; soit 940€ pour notre ensemble, ou 1185€ si vous choisissez l’option précharge hydraulique déportée sur l’amortisseur arrière. À prestations comparables, Wilbers se situerait 20 à 30 % plus haut. Quant à Öhlins, il faudrait pratiquement envisager un budget double. Dans ce contexte, le rapport qualité-prix proposé par EMC apparaît remarquablement compétitif.

L’argument devient encore plus solide lorsqu’on ajoute la reconditionnabilité complète en usine. Pour une moto de trente ans, c’est capital. On n’achète pas simplement une suspension performante; on investit dans une pièce durable, entretenable, inscrite dans le temps. Une logique qui sied parfaitement à l’esprit d’une vieille BMW préservée avec soin.

C’est finalement peu de chose pour une machine transfigurée…

Plus qu’un upgrade, un anoblissement

Installer des amortisseurs EMC sur une BMW R850R de 1996, ce n’est pas seulement corriger l’outrage du temps. C’est offrir à la moto un supplément de tenue, de confort, de lisibilité et, au fond, de distinction dynamique.

Le gain est net sur tous les plans qui comptent vraiment: guidage plus rigoureux, meilleure lecture du train avant, motricité accrue, assiette verrouillée, neutralité en courbe, absorption plus raffinée des petites irrégularités. La machine devient plus saine, plus sereine, plus cohérente. Et, fait suffisamment rare pour être souligné, elle y parvient sans jamais dégrader l’agrément quotidien ni le confort

C’est toute la réussite de ces EMC: ils donnent à notre BMW classique une forme de raffinement châssis qu’elle n’avait sans doute jamais pleinement atteint. Ils ne la transforment pas en sportive, ce qui serait d’ailleurs absurde ; mais ils la révèlent sous un jour plus précis, plus fluide, plus accompli.

À l’heure du verdict, la conclusion s’impose avec une assez belle évidence: pour qui souhaite conserver longtemps une machine d’un certain âge et lui rendre une partie de sa jeunesse passée, les EMC ne relèvent pas du caprice. Au contraire, ils ressemblent beaucoup à une décision éclairée.

On a le sourire chez EMC, et c’est légitime: j’ai le sourire au guidon aussi!