A moto parmi les rois de la petite reine

Les courses cyclistes sans pédales
Ludo Lambrechts travaille de longue date chez Suzuki. Fidèle à cette marque, il voue aussi un culte au vélo qu’il pratique quotidiennement. Son rêve d’enfance, côtoyer les rois du braquet, il le concrétise depuis près de vingt ans en suivant les plus grandes épreuves à moto. Gros plan sur un kaléidoscope de souvenirs et d’atmosphères.Son rôle ? Piloter un caméraman ou un photographe au c&oelig.ur de la course. Après avoir suivi une quarantaine de classiques, en 1997, il suit son premier Tour de France. C’était un peu comme conclure la quête du Graal.

A moto parmi les rois de la petite reine

Ludo Lambrechts :  » C’était surtout un rêve de mioche, mais j’ajoute d’emblée que dans la famille, on est proche de la petite reine par tradition. Personnellement, je fais beaucoup de vélo depuis l’enfance, et mon frère a&icirc.né a même signé une saison professionnelle. Ce monde des courses cyclistes est finalement plutôt fermé, un peu comme le microcosme moto . je suis donc conscient de la chance que j’ai d’avoir pu aller jusqu’au bout du rêve. Surtout que cela permet de rencontrer des tas de personnalités intéressées par la petite reine, comme ci-dessous avec Ben Spies…  »

A moto parmi les rois de la petite reine

 

Une moto aménagée
Objectif-moto : Piloter une moto au beau milieu de la caravane d’une course cycliste, ce doit être assez particulier, non ?

LL :  » Et comment ! Ma première course fut le circuit Het Volk en 1993. J’étais si nerveux que je n’avais pas dormi la nuit précédente. Avec le recul et l’expérience, je m’y suis accoutumé, mais il n’empêche que conduire une moto en prenant garde aux coureurs, aux voitures, aux autres motos, au public pas toujours discipliné et à l’état de la route, c’est rudement stressant au début. Pour mon premier Tour de France, heureusement, je roulais en Bandit 1200 avec ABS, et ça m’a facilité la vie parce qu’elle est agile et coupleuse. A côté de cela, les conducteurs de grosses BMW et Kawasaki (des 1000 GTR à l’époque, ndlr), qui constituaient l’essentiel de la caravane moto n’en menaient pas large dans des lacets de cols où notre Suzuki s’en tirait avec aisance. Parce que dans cet environnement, le poids, un empattement long et un angle de chasse ouvert sont nos ennemis héréditaires. Et puis, il faut aussi tenir compte d’un passager qui bouge tout le temps, à l’aff&ucirc.t de la moindre image originale.  »

O-M : Les machines avec lesquelles tu suis les courses restent-elles d’origine ?

LL :  » Bandit 1200, GSX 1400, et maintenant DL 1000, disons que nous les aménageons. Au niveau de la selle passager approfondie et élargie, par exemple. Il faut dire qu’avec une caméra sur l’épaule ou trois appareils photo autour du cou, du matos plein les poches et les contorsions auxquelles il se livre, le passager – que j’appelle volontiers mon singe – a bien droit à un surcro&icirc.t de confort. Pour moi, je monte une bulle haute et une radio permettant de capter Radio Tour : le directeur de course peut ainsi s’adresser directement à nous s’il estime que nous gênons les coureurs voire les autres photographes ou caméramans habilités à opérer depuis des motos. Pour le reste, un sac de réservoir, des valises, des pare-carters et un outillage minimal au cas où. Disons que les outils sont indispensables lors des courses à étapes pour assurer un entretien minimal entre les journées de route.  »

 

Pas pour les lopettes!
O-M : Et physiquement, suivre une course cycliste, c’est comment ?

LL :  » Bien plus dur qu’on ne croit. Ainsi, dans un Tour de France, mon passager ne passe que deux jours à la fois derrière moi. Les deux jours suivants, il est en voiture et nous précède à l’étape avec le gros du matériel. Il ne faudrait pas voir cette activité comme une promenade à 50km/h : sur un tour de France, je parcours plus de 7.000km (le double des coureurs, ndlr) parce que je fais l’élastique entre les pelotons, parce que je me poste à un endroit stratégique pour de meilleures prises de vues, ou parce que les hôtels sont fréquemment à 30 ou 40km de l’arrivée. Et si on envisage une classique, c’est le même tarif : j’ai fait près de 600km au guidon dimanche dernier, à l’occasion du Tour des Flandres qui a vu la troisième victoire de Tom Boonen. Il reste que, du point de vue du motard, la Grande Boucle est une expérience fabuleuse. D’abord, la sécurité y est réelle : toutes les routes sont fermées deux heures avant le passage de la caravane, et les gendarmes mènent bonne garde. En outre, si l’on excepte les montées de cols où c’est parfois du n’importe quoi, la discipline du public connaisseur est exemplaire. Si bien qu’au bout du compte, c’est un peu comme enquiller 7.000 bornes de circuit . bien mieux que le Tourist Trophy ! D’autant que quand on chasse des échappés, personne ne nous interdit de dévisser la poignée de gaz. D’ailleurs, après un Tour, mes plaquettes de frein sont toujours rincées… A moto parmi les rois de la petite reine

O-M : L’entente est bonne entre les motards d’une caravane ?

LL :  » Absolument. Sur un Tour de France, nous sommes environ 80, dont une cinquantaine de gardes républicains qui s’occupent prioritairement de garder le public à distance de sécurité. Et ces gars-là savent rouler à moto : j’en ai vu prendre des angles déments sur leurs grosses Bavaroises. Ensuite, on a une douzaine de photographes, huit caméramans de télévision et une dizaine de commissaires de course. Evidemment, il arrive qu’il y ait des frictions entre les photographes, par exemple si en remontant le peloton, on empêche quelqu’un de mitrailler dans de bonnes conditions. Mais ce n’est pas grave, ils ne sont pas à une photo près : sur un Tour, les deux photographes que je convoie tire environ… 15.000 clichés ! Un sacré job aussi, quand on y réfléchit bien. Du reste, on m’avait prévenu avant ma première participation : on sort d’un Tour complètement déphasé et il faut deux semaines pour s’en remettre tellement on a les neurones surchargés d’images, d’ambiances, d’odeurs et d’impressions. Après ça, de retour chez Suzuki, tu fais un peu figure d’extraterrestre. Je me souviens que lors de mon premier Tour de France, je tenais un petit journal chaque soir pour ne pas laisser mes souvenirs se dissiper dans la brume de l’oubli. Il est clair qu’avec quelque 3.000 personnes accréditées dans la caravane, on peut se faire quelques copains et avoir des choses à raconter.  »

 

Une épopée humaine
O-M : Suivre des courses cyclistes, c’est aussi une aventure humaine…

LL :  » C’est même un aspect primordial. On croise des tas de gens, on apprend à en conna&icirc.tre certains, on a le sentiment d’appartenir à une communauté. Et puis, on est le témoin privilégié d’une authentique odyssée sportive, car on ne dira jamais assez combien le cyclisme pratiqué à ce niveau est une discipline exigeante. Sur les courses à étapes, il faut aussi penser à ménager les susceptibilités. Si je prends l’exemple de la Grande Boucle, trois gars qui voyagent ensemble durant trois semaines peuvent avoir envie d’être seuls . c’est pourquoi on réserve toujours deux chambres. Ainsi, chacun peut s’isoler un jour sur trois. Cela dit, l’essentiel réside sans doute dans les multiples contacts informels qui peuvent appara&icirc.tre simplement lorsqu’on arbore son accréditation. Deux exemples me reviennent en mémoire : d’abord, sur mon premier Tour, un jeune gars que je n’avais jamais vu m’a fait visiter Andorre by night en profitant ainsi d’une excursion en Bandit. Une autre fois, c’est un réceptionniste d’hôtel qui m’a donné une de ses cravates pour que j’aie l’air plus distingué lors de l’arrivée aux Champs Elysées. Des rencontres fortuites qui débouchent sur des moments privilégiés…  »

O-M : As-tu des rapports avec les coureurs et avec le public ?

LL :  » Pour ce qui concerne le public, c’est surtout le passager qui en a . il a même parfois des crampes à force de saluer les gens. Il faut dire qu’après une arrivée ou dans les villes étapes, les habitants du lieu sont souvent curieux de savoir comment cela se passe sur la route. Et bien entendu, nous avons des contacts avec les concurrents . surtout avec les Belges, mais pas seulement. Aujourd’hui, Tom Boonen et Philippe Gilbert sont des gars épatants à côtoyer et, en 1997, Frank Vandenbroucke participait comme moi à son premier Tour de France . ça nous avait rapprochés. J’ai souvent roulé à ses côtés pour l’encourager. Et puis, dans les débuts d’épreuve, on échange facilement quelques mots avec les coureurs parce que les choses sérieuses n’ont pas encore commencé. C’était encore le cas ce dimanche, lors du départ du Tour des Flandres, à Bruges. Par contre, à l’étape ou après l’épreuve, ils disparaissent vite, happés par leurs obligations sportives et médiatiques. Du reste, les motards ne s’attardent pas non plus : une journée de route à moto laisse des traces dans l’organisme et, franchement, ça n’a rien d’un boulot de mauviette.  »

 

Et ce n’est pas fini!
O-M : Si tu devais épingler un souvenir marquant ?

LL :  » Je remonterais encore une fois à mon premier Tour. C’était une descente de col, il faisait superbe et le décor était majestueux. Nous étions avec Frank Vandenbroucke qui descendait seul à la poursuite d’un groupe d’échappés. Une quinzaine de kilomètres de lacets escarpés avalés à 100km/h avec une odeur de lavande dans les narines. La moto qui réagissait au doigt et à l’&oelig.il, les sensations dues au transfert des masses dans les changements d’appui . nous faisions corps avec la nature. Cette descente fut vraiment mémorable. Puis, quand on aime le vélo, c’est un régal de voir à l’&oelig.uvre les champions : Frank était presque plus rapide que nous dans les encha&icirc.nements. Ce doit être pour ça que ce souvenir me marque particulièrement, il mêle intimement les deux passions que je voue à la moto et à la bicyclette.  »

O-M : Une fois qu’on y a go&ucirc.té, on ne l&acirc.che plus. Quel est ton programme pour la saison ?

LL :  » Il est vrai que je ne pourrais plus m’en passer ! Cette année, en tous cas, je ne ferai pas la Grande Boucle car l’organisation a décidé de limiter drastiquement le nombre de motos emmenant des photographes en raison des trop nombreuses chutes qui ont émaillé l’édition 2011. Mais mon programme n’en reste pas moins chargé avec entre autres Tirreno Adriatico, Milan-San Remo, Paris-Roubaix, La Flèche Wallonne, Liège-Bastogne-Liège, le Dauphiné Libéré ou encore le GP de Wallonie à Namur. D’ailleurs j’y pense : il va peut-être falloir que je pense à remplacer ma vénérable DL 1000…  »

Propos recueillis pour vous par RudyA moto parmi les rois de la petite reine
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Rude42
Je suis motard et rien de ce qui est motard ne m'est étranger.

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