Essai Sena Outlander : le casque Adventure All Inclusive

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Avec l’Outlander, Sena propose une vision assez particulière du casque Adventure. Ici, la connectivité n’est pas venue se greffer sur un casque déjà développé : elle fait partie intégrante du projet. Et cela change beaucoup de choses, aussi bien dans la conception que dans l’utilisation quotidienne. L’Outlander rassemble dans un même équipement un casque en fibres destiné à la route comme aux escapades hors bitume, un système de communication complet, une installation audio Harman Kardon, les technologies Mesh Intercom 3.0 et Wave Intercom, un traitement intelligent du bruit capté par le microphone et même un système d’éclairage intégré. Sur le papier, cela fait beaucoup. Sur la route, on découvre surtout l’intérêt d’avoir pensé toutes ces fonctions comme un ensemble homogène.

Au premier regard, aucun doute sur la catégorie à laquelle appartient l’Outlander. Sa casquette, sa mentonnière proéminente et son ouverture généreuse lui donnent cette silhouette typique des casques destinés aux trails. Il affiche un vrai caractère de baroudeur sans pour autant tomber dans l’exubérance, ce qui lui permet de rester parfaitement cohérent sur la route. Mais c’est surtout l’intégration de toute son électronique qui retient mon attention. Sena est parvenu à embarquer une quantité impressionnante de technologie sans donner l’impression d’avoir terminé le casque avant de venir lui accrocher un intercom sur le côté. Les commandes trouvent naturellement leur place dans le dessin général et aucun énorme boîtier extérieur ne vient véritablement casser sa ligne.

Quand on a l’habitude d’équiper soi-même ses casques d’un intercom, avec les haut-parleurs à positionner, le microphone à installer, les câbles à dissimuler sous les garnitures et le module à fixer extérieurement, la différence est immédiatement perceptible. Ici, tout a été conçu dès le départ pour fonctionner ensemble. Toute cette électronique ne doit évidemment pas faire oublier que l’Outlander reste avant tout un équipement destiné à protéger la tête du motard. Sa coque est réalisée en fibres de verre et travaille en association avec une structure interne en EPS destinée à gérer l’énergie générée lors d’un impact. Le casque répond à la norme européenne ECE R22.06.

La jugulaire adopte une boucle micrométrique. Les puristes du tout-terrain pourront toujours préférer la traditionnelle boucle double D, mais pour une utilisation quotidienne et touristique, la fermeture micrométrique se montre particulièrement pratique. Quelques secondes suffisent pour attacher ou libérer le casque, ce qui devient appréciable lorsque l’on multiplie les arrêts pendant une journée de voyage. Sena semble donc avoir cherché davantage le compromis entre sécurité, facilité d’utilisation et polyvalence que la conception radicale d’un casque exclusivement destiné au tout-terrain. L’une des caractéristiques que j’apprécie particulièrement sur l’Outlander est sa capacité à changer de personnalité en fonction du terrain. Sa casquette peut être retirée, mais surtout son grand écran principal peut être démonté rapidement afin de laisser suffisamment de place pour utiliser un véritable masque tout-terrain.

Cette possibilité ne relève pas simplement du look. Dès que l’on quitte le bitume, que la vitesse diminue et que l’effort physique augmente, rouler avec un masque permet de retrouver une configuration nettement plus adaptée. La circulation d’air autour du visage devient plus importante et l’ensemble se rapproche davantage de l’expérience offerte par un véritable casque de tout-terrain.

Pour reprendre la route, on revient à la configuration fermée et à la protection apportée par le grand écran. C’est justement cette capacité à passer d’un univers à l’autre qui correspond à ce que j’attends personnellement d’un véritable casque Adventure.

Le grand écran peut recevoir un dispositif antibuée Pinlock, ce qui me semble pratiquement incontournable sur un casque destiné au voyage et à une utilisation par toutes les météos. Attention cependant à bien vérifier le contenu du casque selon le marché et le pack commercialisé. Certaines présentations européennes mentionnent un Pinlock 120XLT, mais Sena indique également sur son site que la lentille antibuée peut être achetée séparément. Notre exemplaire d’essai en était pour sa part dépourvu et nous avons donc dû acquérir le Pinlock sur nos fonds propres. C’est un détail que je trouve regrettable compte tenu du positionnement du casque. Sur un modèle qui revendique aussi clairement sa vocation de grand voyageur, j’aurais aimé retrouver cet équipement directement dans la boîte, sans avoir à repasser par la case accessoires.

Un casque Adventure doit pouvoir rester sur la tête pendant plusieurs heures et supporter des conditions très différentes. Sena utilise un intérieur semi-ovale associé à un textile destiné à favoriser l’évacuation de l’humidité et le séchage. Les garnitures sont également démontables et lavables, un élément qui prend toute son importance après plusieurs journées de voyage ou une sortie tout-terrain particulièrement chaude. La ventilation participe naturellement à ce confort. Plusieurs entrées d’air permettent de favoriser la circulation à l’intérieur du casque tandis qu’une extraction arrière aide à évacuer l’air chaud. C’est sur les portions lentes et les chemins que l’on mesure réellement l’importance d’une bonne ventilation. Sur autoroute, le vent se charge naturellement d’une grande partie du travail. À faible allure sur une piste, c’est une autre histoire. Le confort général correspond bien à la vocation polyvalente de l’Outlander. On n’est pas dans un casque tout-terrain extrêmement minimaliste privilégiant uniquement la ventilation et la légèreté, mais dans un équipement destiné à accompagner de longues étapes où l’on peut successivement rencontrer autoroute, petites routes et chemins.

C’est évidemment ici que l’Outlander commence sérieusement à se distinguer de la concurrence. On peut oublier le traditionnel boîtier Bluetooth accroché sur le côté du casque : l’ensemble du système de communication a été intégré dès sa conception. Les haut-parleurs, le microphone, les commandes, la batterie et l’électronique s’intègrent ainsi beaucoup plus naturellement dans l’architecture générale. L’avantage est esthétique, mais surtout pratique. Pas besoin de démonter les garnitures d’un casque neuf pour trouver comment faire passer les fils, ni de rechercher pendant de longues minutes l’emplacement idéal des écouteurs. On sort ici de la logique habituelle qui consiste à acheter un casque, puis à choisir un intercom et enfin à essayer de faire cohabiter les deux. Avec l’Outlander, le casque et son système de communication ne forment véritablement plus qu’un seul équipement.

L’Outlander intègre la technologie Mesh Intercom 3.0, particulièrement intéressante pour les balades et les voyages en groupe. Sena annonce une portée pouvant atteindre 2 km dans de bonnes conditions. Sur un trail, cette fonction prend encore davantage de sens. Sur une piste ou une petite route sinueuse, un groupe peut très rapidement s’étirer sur plusieurs centaines de mètres. Pouvoir prévenir instantanément les autres d’un obstacle, d’un changement de direction ou simplement demander un arrêt devient alors extrêmement pratique.

Et comme souvent avec ce genre de technologie, on peut parfaitement s’en passer tant que l’on n’y a pas goûté. Mais après plusieurs sorties en groupe, il devient difficile de revenir aux signes de la main dans les rétroviseurs et aux demi-tours lorsque l’un des participants s’est trompé d’embranchement.

À côté du Mesh, Sena ajoute son Wave Intercom. Le principe est différent puisque la communication passe cette fois par le réseau cellulaire via l’application. Lorsque la couverture mobile le permet, la conversation n’est donc plus directement limitée par la portée radio séparant deux intercoms.  L’intérêt est évident lorsque les membres d’un groupe se retrouvent fortement espacés, mais également pour faciliter certaines communications entre utilisateurs qui ne disposent pas forcément du même matériel. Pouvoir disposer du Mesh lorsqu’on roule en groupe et passer au Wave lorsque les conditions le justifient apporte une polyvalence supplémentaire à l’ensemble. On découvre ici toute l’expérience de Sena dans le domaine des communications moto.

Pour la partie audio, Sena s’est associé à Harman Kardon. Ce choix ne constitue pas uniquement un argument à inscrire sur la boîte : sur un casque intégrant directement son système de communication, la qualité des haut-parleurs est fondamentale. Musique, instructions du GPS, appels téléphoniques ou conversations avec les autres motards passent tous par les mêmes écouteurs. Leur positionnement directement prévu lors de la conception du casque permet également d’éviter certaines difficultés rencontrées lors de l’installation d’un intercom universel. Le microphone profite pour sa part d’un système de réduction du bruit utilisant l’intelligence artificielle afin d’améliorer la clarté de la voix transmise. Le but est de filtrer autant que possible les perturbations générées par le vent et l’environnement sonore de la moto.

Attention toutefois à ne pas confondre ce dispositif avec une réduction active du bruit destinée aux oreilles du pilote. Ici, le traitement intervient sur ce que capte le microphone afin d’améliorer la communication avec les correspondants.

Autre très bonne surprise : la commande intégrée. Sena a choisi une interface conçue pour rester facilement utilisable avec des gants, avec notamment un joystick destiné à simplifier les manipulations.  Cela peut paraître anecdotique lorsque l’on découvre le casque tranquillement chez soi, mais sur la moto, la différence est énorme. Trop d’équipements électroniques sont extrêmement faciles à manipuler avec les mains nues et deviennent un véritable casse-tête dès qu’on enfile des gants.

Et avec de gros gants d’hiver, quel bonheur ! Pas besoin de tâtonner interminablement pour essayer de déterminer quel minuscule bouton se trouve sous son doigt. Après quelques sorties, les principales commandes deviennent rapidement instinctives. C’est exactement ce que j’attends de l’ergonomie d’un équipement moto : moins de temps passé à réfléchir à son fonctionnement signifie davantage d’attention disponible pour la route.

Sena annonce jusqu’à 20 heures d’autonomie en communication, une valeur particulièrement confortable pour accompagner les longues étapes. Le système Safe Power permet par ailleurs d’alimenter le casque depuis une source externe lorsque les circonstances le nécessitent. Mais au-delà des chiffres annoncés sur une fiche technique, c’est surtout notre expérience qui m’intéresse. Nous avons utilisé l’Outlander lors de l’un de nos road trips, avec des journées dépassant les douze heures en selle, et l’autonomie n’est jamais devenue une préoccupation. Testé et approuvé par votre serviteur, donc ! C’est exactement ce que l’on attend d’un système aussi profondément intégré au casque. Disposer d’un formidable intercom qui commence à réclamer une recharge en milieu d’après-midi n’aurait aucun sens sur un équipement destiné au voyage.

L’Outlander ne s’arrête pas aux fonctions de communication. Sena a également intégré son propre système d’éclairage. On retrouve des LED à l’avant ainsi qu’un dispositif lumineux arrière comprenant un feu-stop intelligent, avec pour objectif de rendre le pilote davantage visible.

Comme sur le Scorpion EXO-530i Air récemment essayé, j’apprécie énormément cette philosophie. À moto, être vu est primordial et placer un éclairage supplémentaire aussi haut sur le pilote présente un intérêt évident en termes de visibilité. Il faut évidemment considérer ces LED comme un complément. Elles ne se substituent ni aux feux de la moto ni à la vigilance du pilote. Mais dans la circulation dense, lorsque la luminosité diminue ou lorsque les conditions météorologiques deviennent moins favorables, tout ce qui peut contribuer à rendre le motard plus facilement identifiable me semble bienvenu. Et quel bonheur de chercher ses clés, de placer son antivol le soir dans le noir sans tâtonner.

En découvrant la liste des équipements de l’Outlander, j’avoue que l’on pourrait légitimement craindre de se retrouver avec une véritable usine à gaz sur la tête. Mesh, Wave, Bluetooth, audio Harman Kardon, réduction de bruit, éclairage intégré, commandes électroniques : la liste est longue. Pourtant, après la période normale de prise en main, c’est presque l’inverse qui se produit. La technologie finit progressivement par disparaître derrière l’usage.

On enfile le casque, on démarre et on retrouve directement ses communications, sa musique, ses indications GPS et les autres motards. Plus besoin de penser au branchement de l’intercom ou au positionnement du micro. Après quelques sorties, tout cela devient parfaitement naturel.

C’est probablement la plus grande réussite de l’Outlander : il embarque énormément de technologie sans imposer constamment cette technologie à son utilisateur. Cette débauche technologique ne signifie évidemment pas que le Sena Outlander soit exempt de reproches. Celui qui recherche un casque Adventure extrêmement simple, léger dans sa philosophie et totalement dépourvu d’électronique n’aura probablement aucune raison de s’orienter vers lui.

Mais mon principal regret concerne surtout l’absence d’un écran solaire interne. Sur un casque qui se destine aussi clairement au voyage, c’est un équipement que j’aurais personnellement beaucoup apprécié. Une visière teintée peut évidemment constituer une alternative, mais elle n’apporte pas la même souplesse d’utilisation lorsqu’une journée commence sous un grand soleil et se termine de nuit, ou lorsqu’on alterne passages en forêt, tunnels et pleine lumière. Même si dans le cas du casque Sena Outlander, elle se monte et démonte sans outils. Peut-être faudra-t-il attendre un futur Outlander EVO pour corriger ce petit oubli ?

Le Sena Outlander est annoncé en Europe au tarif de 549 €. Pris isolément, ce montant peut sembler conséquent pour un casque Adventure. Mais ce serait, à mon sens, une mauvaise manière de considérer son tarif. Il ne faut pas comparer uniquement l’Outlander à un casque Adventure conventionnel. Il faut plutôt regarder ce que coûterait un casque en fibres auquel on ajouterait ensuite un intercom haut de gamme, ses haut-parleurs, son microphone, son système Mesh et ses différents accessoires. Et à partir de ce moment-là, le calcul devient nettement plus intéressant. Sans oublier que l’intégration d’origine apporte quelque chose qu’une accumulation d’accessoires achetés séparément ne pourra jamais totalement reproduire : la cohérence de l’ensemble.

Après l’avoir utilisé, je retiens surtout du Sena Outlander qu’il ne cherche pas simplement à impressionner avec une longue liste de technologies. Son véritable intérêt vient de la manière dont toutes ces fonctions travaillent ensemble. La possibilité de passer facilement d’une configuration routière à une utilisation avec masque tout-terrain lui apporte la polyvalence que l’on attend d’un casque Adventure. Le Mesh Intercom 3.0 et le Wave Intercom répondent parfaitement aux besoins des voyages en groupe, les haut-parleurs Harman Kardon soignent la partie audio, la réduction intelligente du bruit améliore les communications et l’éclairage intégré apporte une petite touche de sécurité supplémentaire. Pas d’intercom à acheter séparément, pas de haut-parleurs à installer, pas de câbles à faire passer tant bien que mal derrière les mousses et pas de microphone à repositionner régulièrement. On charge le casque, on effectue la configuration initiale et on peut partir.

Après nos longues journées passées à son guidon, ou plutôt avec lui sur la tête, c’est finalement cette simplicité que je retiens le plus. Une fois la courte période d’apprentissage terminée, l’électronique se fait oublier et l’Outlander redevient simplement un casque que l’on enfile avant de partir rouler. Il conviendra forcément moins à celui qui recherche un équipement dépouillé ou qui ne se sert jamais d’un intercom. En revanche, pour le grand voyageur, le propriétaire de trail qui alterne route et chemins ou le motard qui roule régulièrement en groupe, le concept prend tout son sens.

À 549 €, il représente certes un investissement, mais son équipement très complet permet également d’éviter l’achat ultérieur d’un système de communication haut de gamme. Reste essentiellement cette absence d’écran solaire interne et, dans notre cas, le Pinlock qui a dû être acheté séparément. Pour le reste, le constat est particulièrement positif. Sena ne s’est pas contenté de fabriquer un casque Adventure avant d’y ajouter de l’électronique. La marque a conçu le casque, la communication et la connectivité comme un seul et même produit. Et après l’avoir réellement utilisé sur de longues étapes, je trouve finalement que son nom pourrait presque être complété d’une mention supplémentaire : Sena Outlander, le casque Adventure All Inclusive.

Lolobadboy