Entretien avec M. Philippe Coulon

Philippe Coulon est né en 1950 à Tours, dans la région des châteaux de la Loire (F). Dès 1959 il s’établissait à Bienne (CH) avec ses parents pour y construire sa vie.

Le déclic, il l’a eu à 16 ans en feuilletant ses premières revues moto. Les pilotes dont on parlait alors représentaient des gens inaccessibles à ses yeux. Il se souvient de Barry Sheene qui à l’époque était une vedette et l’avait marqué… Philippe Coulon se rendait en auto-stop à Hockenheim, à Monza, à Bourg en Bresse en France, pour voir Barry Sheene depuis la tribune. A Hockenheim Barry Sheene roulait en 125cc et Philippe, de la tribune le voyait sortir… De loin, il ne paraissait pas bien grand mais pourtant il l’impressionnait et lui apportait beaucoup d’émotions. De cela, il s’en souvient comme si c’était hier. Et quelques années après, c’était son tour d’entrer en compétition… Dès lors, il lui fallait y croire, s’accrocher, tout mettre en œuvre pour y arriver, car progressivement l’inaccessible venait à sa portée.

La carrière de Philippe Coulon est une longue histoire qui a débuté lorsqu’il sortait d’apprentissage de mécanicien de précision en 1970. A cette époque là, il a tout fait pour s’acheter une Honda CB 250 qui selon lui, n’était pas un cheval de course mais bien un cheval de trait ! A l’époque cela ne coûtait pas cher. Ensuite, avec cette moto, il se rendait à Lignières pour le cours de licence qu’il a réussi. Son équipement se résumait à porter du simili cuir autant pour la veste que pour les gants. Son casque était alors un Cromwell qui n’était autre qu’un de ces fameux casques jet que tous les pilotes portaient à l’époque en Mondial.

Entretien avec M. Philippe Coulon

Philippe Coulon n’appréciait déjà pas la densité de la circulation pour rouler à moto ! Habitant à Bienne, il montait régulièrement au circuit de Lignières après son travail. Lignières représentait l’endroit idéal pour se faire plaisir à l’époque ! Là, il remarquait que malgré son peu d’expérience, les roulages se passaient plutôt bien au guidon de sa Yamaha TZ 250.
En 1972, il devenait Champion Suisse au guidon de sa TZ 250 ! A cette occasion, il portait un des tous premiers casques intégraux existant sur le marché, un casque Premier. Pour lui qui était un habitué du casque Jet et légèrement claustrophobe, il lui fallait rouler la visière ouverte pour se sentir à l’aise ! A cette période, son talent le propulsait dans un enchaînement de courses internationales. Philippe partait avec un vieux break Citroën tout pourri et 100 balles dans la poche pour se rendre en Angleterre à l’assaut des courses. « C’était la belle époque » me confie-t-il. Ainsi, il partait avec Giacomo, son copain d’école mais aussi son fidèle mécano qui l’accompagnait sur les circuits durant 5 ans.

Avant 1974 il roulait en cylindrée 750 cc avec une Yamaha TZ 750 OW31 qui lui permettait de participer à plusieurs grandes courses dont celle de Daytona.
A cette époque, il y avait beaucoup plus de courses internationales que maintenant, tel par exemple les 200 miles de Paul Ricard, les 200 miles de Daytona ou encore les 200 miles de Magny-Cours !

Premier GP en 1974 à Jarama, en Espagne en 250cc il se classe 3ème. Ensuite en 1975, un arrangement se conclut avec Suzuki Suisse qui lui préparait une RG 500 Suzuki.

Entretien avec M. Philippe Coulon

De 1975 à 1983 Philippe Coulon pilotait en mondial, en catégorie 500 cc, en devenant dès lors, et pour quelques années, le meilleur pilote privé de cette même catégorie.
Au milieu des années noinante Philippe Coulon participait à la course d’endurance de 24 heures du Bol d’Or au guidon d’une Honda RC45 sur le circuit Paul Ricard. Encore un succès !

En ce qui le concerne, la saison qui lui avait coûté le plus cher, lui faisait débourser un montant de cent mille francs. A l’époque une moto à vingt cinq mille francs permettait de faire des podiums !
Pour une 500cc c’était plus exactement vingt trois mille francs qu’il lui fallait débourser. Avec ce genre de moto, mais tout à fait standard, il faisait deux courses en pole position dans cette catégorie où il y avait des pilotes tes que Kenny Roberts, Freddie Spencer et tous les bons de l’époque, donc dans une catégorie bien relevée.
Philippe Coulon a encore en tête le record du circuit de Spa-Francorchamps en Belgique effectué avec une moto standard.
« C’est là qu’on peut voir que l’argent, ça tue beaucoup de choses « me confie t-il. Le monde de la moto a beaucoup évolué et maintenant pour un jeune, ce n’est plus possible d’arriver sans l’aide concrète de sponsors.
Philippe ne comptait pas pour autant sur l’appui financier de ses parents pourtant très généreux et gentils. Il lui fallait donc s’assumer seul en trimant des nuits entières pour parvenir à se payer ses premières motos. De cela, Philippe Coulon ne s’en plaignait jamais, tant sa motivation était grande.
Les bons résultats en courses, il les a fait dans les années 1976-1977-1978. En juillet 1977 il était troisième au mondial en FORMULE 750cc et était à la lutte pour la deuxième place en GP 500cc, roulant dans les deux différents championnats. Il gagnait pas mal de courses comme à Dijon ou au circuit Paul Ricard et était un pilote qui ne tombait que très rarement.
Malheureusement, en juillet 1977, au GP de Suède, sur l’Anderstorp, une piste d’aviation libre de tout obstacle, c’était la grosse chute en glissade, un très grave accident qui le plongeait entre la vie et la mort, dans un coma de quatre jours !
La gravité de son accident était due à la mauvaise qualité de son casque. C’était là le début des grands marchés du casque intégral, avec bien sûr toutes leurs qualités mais aussi avec leurs défauts de jeunesse, puisque tout l’arrière de son casque s’était brisé.
Après cet accident son grand ami pilote Marco Luchinelli, situé juste derrière lui lors de la chute, lui avouait avoir simplement souri en le voyant partir en une telle glissade car il n’y avait eu aucun obstacle contre lequel il aurait pu percuter et à aucun instant il ne pouvait imaginer la gravité des traumatismes dont souffrait ensuite Philippe Coulon.
Victime de pertes d’équilibre et dans l’impossibilité de retrouver les gestes du quotidien, Philippe Coulon passait encore par une très longue période de rééducation. Avant de finalement sortir de cette situation extrêmement difficile à plus d’un titre, Philippe Coulon mettait encore des années, à se souvenir de ce qu’il avait fait à la veille de cet accident… et il y a ces trous noirs aussi par rapport à l’accident lui-même dont il ne se souvient de rien encore aujourd’hui.
Après deux trois mois d’hôpital il lui fallait rapidement trouver une solution pour gagner sa vie, conscient qu’il avait arrêté son métier de mécano de précision depuis déjà sept ans pour se consacrer pleinement à la compétition et que les courses représentaient sept ans de vie de bohémien ! Il adorait pourtant cette vie là qu’il qualifiait de fantastique !

Entretien avec M. Philippe Coulon

Un fabriquant de casques lui avait proposé un contrat pour l’année suivante, grâce au fait qu’il s’était bien placé en GP. Il partait donc en Italie à la rencontre des dirigeants de l’usine, en leur signifiant clairement sa volonté d’importer leurs produits. Bien qu’il fabriquait d’autres modèles aussi, M. Gigi Nava était un génie et très bien placé sur le marché du casque intégral à cette époque. Ainsi, fin 1977, Philippe Coulon débutait sur le marché de l’importation de matériel moto.
Cet accident grave, épisode dramatique de sa vie, ne l’empêchait pas plus tard, de reprendre la compétition et de poursuivre sa carrière de pilote jusqu’en fin 1983 en faisant des résultats très honorables. Cette année là, il s’était fixé de tout arrêter en fin de saison, et n’était pas revenu sur sa décision. Les conditions changeaient pour lui car plus du tout de moyens financiers d’une part et d’autre part, les américains arrivaient sur les courses avec des motos très compétitives ce qui lui faisait passer de sa quatrième place de meilleur privé, à la douzième place !

Entretien avec M. Philippe Coulon

Durant ces années de 1975 à 1983 il avait eu la chance d’avoir un grand cigarettier comme sponsor principal, ce qui lui payait le prix de la moto et quand début 1983 il annonçait à son chef, M. Léo de Graffenried que c’était là sa dernière saison… ce dernier ne le prenait pas au sérieux alors que pourtant, à Imola se déroulait la dernière course annuelle du mondial mais aussi sa toute dernière course officielle ! Parallèlement, Philippe Coulon disposait alors de budget pour amener deux pilotes suisses au mondial, à savoir Oliver Petrucciani et Eskil Suter qui est à l’origine des célèbres châssis Suter. A l’époque ces deux pilotes évoluaient tous deux en championnats d’Europe. Par la suite, il a aussi amené le pilote romand Vincent Braillard dans la même organisation. Sur son parcours, tout en ayant l’importation pour les casques, il restait un peu moins de dix ans chez un autre géant du tabac pour occuper le poste de Public Relations, toujours dans le monde de la moto, monde dans lequel il dit être tombé tardivement dedans mais pour très longtemps puisque il suit toujours de près quelques GP, ayant même aussi collaboré pour la télévision.
A ce jour, avec le recul, Philippe Coulon reconnaît que finalement cet accident lui a apporté beaucoup de choses en changeant passablement le cours de sa vie, ses repères et ses valeurs aussi.. mais en lui apportant tout ce qu’il a maintenant et surtout ce qu’il est lui-même devenu aussi car depuis quelques années ce pilote au grand coeur est consultant et s’investit énormément pour la fondation Porte-Bonheur qui vient en aide aux orphelins.

Actuellement dans son magasin, de Peseux, il représente trois marques de casques et compte une douzaine d’employés dans son entreprise.

Entretien avec M. Philippe Coulon

Depuis maintenant quatorze ans Philippe Coulon organise des sorties sur circuits. Il totalise dix ans de fidélité au circuit Paul Ricard. Depuis quatorze ans il se rend au Mans durant une semaine, mais aussi à Dijon et Ledenon bien que son activité principale reste la vente au sein de son magasin et de sa société.
Le circuit reste pour lui un plaisir qui représente beaucoup en terme d’organisation. Pour 2014 il programme Dijon, 2 jours au mois de juin et Catalugnya, une semaine au mois d’août. A côté de cela, il profitera aussi de rouler personnellement sur quelques autres circuits, compensant ainsi les sorties sur circuits dont il est le principal organisateur et reste frustré de n’avoir pas le temps d’en profiter à ces moments là.
Philippe Coulon adore rouler sur des motos sportives actuelles dont il maîtrise toute la puissance. Avec un brin d’humour et d’autodérision, il lui vient même à se demander aujourd’hui, comment il a pu rouler sur sa Suzuki de l’époque .. Il reconnaît volontiers que la compétition est un bienfait pour la route car les motos de routes bénéficient finalement de toutes ces technologies mises en place initialement pour la compétition. Tout au long de sa carrière, Philippe Coulon a plainement contribué à l’amélioration de la sécurité dans le domaine de la compétition moto. Pour lui, la pratique de la moto est une drogue autorisée, qui coûte cher certes, mais qui le plonge dans un milieu très passionnant qui représente aussi une grande famille, en terme de relationnel.
Pour Philippe Coulon, la compétition est une grande école qui apporte beaucoup de choses dans la vie. D’abord, c’est une école de savoir-vivre ! Dans le monde de la compétition moto, il faut savoir que noinante pourcent des participants n’ont pas de grand moyens financiers, c’est donc purement par passion qu’ils font ce choix de vie. Il est clair qu’à certains moments, il faut bien un petit grain de folie pour avancer sur ce chemin car tous sont à la même enseigne. Cela demande de la politesse, de la compréhension, du savoir-vivre, une bonne communication avec les gens et bien sûr d’être respectueux de tout le monde.

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