Bose ou Harman/Kardon ? La musique répond

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Avec son 60S Evo, Sena a donc changé de partenaire audio. Harman/Kardon s’efface, Bose arrive. Sur le papier, cela sonne comme un événement. Dans l’imaginaire collectif, Harman/Kardon évoque souvent un son chaleureux, dynamique, avec des basses généreuses. Bose propose une réputation de rendu plus neutre, plus réaliste, avec une spatialisation soignée appréciée des vrais mélomanes.

Voilà pour la théorie ; mais allons plus loin que la discussion de comptoir entre motards. La vraie question, c’est de savoir si, dans un casque moto, sur des petits haut-parleurs coincés entre mousse, joue, calotte et bruit de vent, on entend réellement une différence. Pour le vérifier, il faut naturellement comparer le 60S Evo à son prédécesseur, le 60S, et en l’occurrence, à la signature Harman/Kardon du modulable Specter. Notre comparaison s’est faite dans le calme du salon, à l’écoute de musiques révélatrices: voix bien centrées, instruments séparés, basses profondes, passages chargés et morceaux capables de mettre en évidence les qualités comme les limites d’un système audio embarqué. Disons-le, le verdict est sans doute moins spectaculaire que le changement de logo. Et précisons bien qu’il ne s’agit pas ici d’un essai complet du nouvel intercom Sena (cet essai exhaustif arrivera sous peu), mais d’un match confiné sur le terrain musical.

Voix: Bose plus précis, Harman/Kardon plus charnu (Hello, Adèle et Chandelier, Sia)

Sur les fréquences médium, celles qui portent la voix humaine, Harman/Kardon donne davantage de coffre. La chanteuse semble un peu plus présente, plus incarnée, parfois plus flatteuse. C’est agréable, immédiat, volontiers démonstratif. On comprend pourquoi cette signature plaît: elle donne de la matière, elle rend l’écoute facile pour tous. Bose, de son côté, propose un rendu plus réaliste et plus précis. La voix paraît moins gonflée, moins mise en avant artificiellement, mais mieux dessinée dans sa tessiture. On distingue plus naturellement certaines inflexions, certaines respirations, une articulation plus fine. En écoute posée, cela peut donner une impression de justesse supérieure. Mais attention, « plus juste » ne veut pas forcément dire « plus plaisant » pour tous. Certains préféreront la « chair musicale » Harman/Kardon, d’autres la retenue Bose. Ici, on quitte le domaine du progrès objectif pour entrer dans celui de la préférence personnelle.

Graves: Harman/Kardon fait le spectacle (Bad Guy, Billie Eillish et Angel, Massive Attack)

Quand on descend dans les basses fréquences, qui sont un défi pour les petits diaphragmes contenus dans un casque, Harman/Kardon reprend clairement l’avantage en générosité. Le son paraît plus profond, plus expressif, plus spectaculaire. Les basses donnent de l’élan à la musique, elles remplissent mieux l’espace et procurent ce petit supplément d’enthousiasme qui rend un trajet moins monotone. Bose se montre plus mesuré, moins démonstratif, moins percutant, parfois presque timide en comparaison directe. Ce n’est pas mauvais, loin de là, mais cela impressionne moins. Ceux qui aiment une restitution propre, contrôlée, sans emphase excessive, y trouveront leur compte. Ceux qui veulent sentir un peu de rondeur et d’impact préféreront l’ancienne signature. Tout dépend de ce qu’on attend d’un intercom. Pour suivre un GPS et passer des appels, la neutralité est une vertu. Pour écouter de la musique sur une longue liaison autoroutière, un peu de générosité supplémentaire vaut son pesant de plaisir.

Spatialisation et détails: égalité (Bohemian Rhapsody, Queen ; Sultans of swing, Dire Straits et Take five, Davec Brubeck)

Bose est souvent associé à une excellente spatialisation, cette capacité à donner de la largeur à la scène musicale et à séparer proprement les instruments. On pouvait donc attendre du 60S Evo qu’il marque ici une vraie différence. Dans les faits, ce n’est pas le cas. Harman/Kardon fait au moins jeu égal. La séparation des instruments est déjà bien marquée sur le 60S, et le 60S Evo ne creuse pas d’écart évident. Les plans sonores restent lisibles chez l’un comme chez l’autre, sans brouillard excessif, sans bouillie généralisée dès que le morceau se densifie. Bose ne démérite évidemment pas, mais ne supplante pas son prédécesseur non plus. Même constat pour le niveau de détail. Les instruments restent clairement perceptibles dans les deux cas. On distingue ce qui doit l’être, sans que l’un des deux systèmes ne vienne humilier l’autre. À ce niveau, parler de supériorité technique nette serait forcer le trait. Et en journalisme moto, forcer le trait, c’est tentant; mais ce n’est pas toujours rendre service au lecteur !

Des nuances, pas davantage

Rappelons que les différences évoquées ci-dessus ont été relevées dans la quiétude d’un salon. Autrement dit, dans un environnement infiniment plus favorable que celui d’une moto en mouvement. Une fois en selle, tout change. Le vent, le moteur, les pneus, la circulation, les turbulences du casque, la vitesse, la protection plus ou moins efficace de la moto: chaque élément vient réduire la finesse de perception. La nuance entre un médium un peu plus charnu et un médium un peu plus réaliste n’a plus exactement la même importance quand l’air tape la calotte et que la route chante sous les pneus. C’est ici que la migration de Harman/Kardon vers Bose apparaît davantage comme une évolution commerciale que comme une révolution technique. Peut-être Sena a-t-il obtenu de meilleures conditions de fournitures. Peut-être la marque souhaite-t-elle renouveler son discours produits en donnant une impression de nouveauté. Peut-être Bose apporte-t-il une cohérence de gamme ou une image plus lisible sur certains marchés. Tout cela est possible. Mais en termes de performance audio pure, la plus-value est faible, voire inexistante. Le 60S Evo sonne très bien, certes. Mais le 60S le faisait déjà et continue à le faire…

Esthétiquement, le 60S est quasi identique au 60S Evo et finalement, ses performances le sont aussi.