BMW R1300RS ASA, la selle entre deux chaises

0
68

BMW nous confie pour une semaine d’essai la nouvelle R1300RS équipée de la technologie ASA, une boîte de vitesse robotisée. La RS étant la déclinaison Sport tourisme au sein de la gamme, nous l’avons donc emmenée sur les routes sinueuses, les autoroutes et la ville aussi. Ces motos sont censées tout faire et en confort.

Le Boxer développe maintenant la très coquette puissance de 145cv et offre un couple de 149Nm. Cette puissance était celle d’une moto sportive il y a peu encore. Sur papier, ces chiffres semblent prometteurs et nous attendions cet essai avec impatience. Un Boxer qui approche une telle puissance doit être sacrément plaisant. Nous ne fûmes pas déçus, la puissance annoncée permet effectivement une conduite dynamique et offre un agrément de conduite incroyable. Seules les sensations manquent un peu à l’appel. Tourner la poignée de gaz ne provoque pas d’émoi, la BMW R1300RS pousse fort mais sans être exceptionnelle. L’électronique et les assistances ainsi que les modes moteurs lissent beaucoup trop les battements de cœur du boxer. C’est dommage, notre ancienne 1250 nous offrait plus d’émotions.

Dans la dénomination RS, le S représente le mot Sport. Niveau moteur, c’est dommage que la fadeur prend le pas sur la sensation. Il est efficace à tous les étages, permet des reprises vives et amusantes mais ne vous colle pas les yeux au fond des orbites.  Ce même moteur nous a plus plu dans le très amusant et dynamique roadster R1300R. Il se montre souple, reprend à bas régimes, grimpe dans les tours mais ne va pas au bout du concept. Il se montre beaucoup Gt que sport. Et si vous cherchez une GT, c’est la R1300RT qui attirera vos faveurs. Les différents modes de conduites influent non seulement sur le caractère moteur mais aussi sur l’ensembles des assistances dont est dotée cette R1300RS. Les freins, la suspension, le contrôle de traction interviendront plus ou moins activement et ou rapidement en fonction du mode sélectionné. Nous les avons testé sur notre route habituelle et le mode Dynamic a obtenu nos faveurs, il est capable de tout faire et la calibration des assistances est optimale.

Les BMW R1300R et RS ne disposent pas du Telelever maison mais d’une fourche inversée de gros diamètre et semi-électronique. Elles plongent donc au freinage mais de façon très contrôlée et nous trouvons même cela plaisant de sentir la moto descendre au freinage et se lever lors de la remise des gaz. Les puristes diront que le Telelever est beaucoup plus efficace et nous répondons que certes, il l’est mais certains motards recherchent parfois des sensations et non la perfection qui devient vite ennuyeuse. D’autant plus que le système ESA de dernière génération agit sur un bras de fourche et assiste cette dernière. Vous pourrez ainsi rentrer en courbe sur les freins et en ressortir sans louvoiements. Pas de crainte à avoir, elle est très bien suspendue.

Là où le bât blesse, c’est que le tarage de ces suspensions est défini comme sportif et je le confirme. Le confort des occupants n’a pas eu droit de cité. Efficacité, maîtrise mais pas trop de douceur. Les suspensions sont rêches et envoient des légers coups dans le bas du dos par moments. Bon, avouons aussi que notre réseau routier est loin d’être idéal.

Clôturons ce chapitre en parlant de cette boîte robotisée ASA. Point de poignée d’embrayage mais bien un sélecteur de vitesse. Après 30 secondes d’explications, vous partez tellement c’est simple. A l’arrêt, vous pincez le levier de frein, vous passez en première vitesse au pied et c’est bon. Soit en mode Full Auto, la boîte passe les rapports pour vous à la montée comme à la descente et ce, en fonction du mode choisi, plus haut ou plus bas dans les tours. Soit et c’est assez amusant car similaire à une boîte classique équipée d’un shifter, vous passez les rapports au pied. Le plus grand stress sans poignée d’embrayage a été notre premier arrêt avec cette crainte de caler sans pouvoir débrayer. Que nenni, rien de tout ça. Au contraire, nous avons été agréablement surpris par la facilité des évolutions à faible vitesse. Mais car il y a toujours un mais, les changements de rapport sont assez brutaux en roulant. Je n’ai quasiment jamais réussi à faire passer un rapport à la boîte sans obtenir un coup et c’est vraiment désagréable. Sur circuit, un shifter peut provoquer ces effets et on s’en fout, c’est loin d’être grave. Sur route, au quotidien, les chocs encaissées à chaque changement de rapport sont désagréables. J’ai essayé des motos de marques concurrentes où les assistances robotisées sont plus abouties. C’est dommage pour une moto qui se veut Premium. En mode full auto, vous roulez sur un scooter de 145cv, assez déroutant comme sensation mais on y prend vite goût et le côté rébarbatif du début se transforme en une douce habitude et nous avons calé 3x sur notre moto personnelle en rentrant, un signe que ces technologies se rendent vite addictives. Bref, c’est bien mais BMW peut mieux faire sur ce point. Il y a assez d’ingénieurs au sein de la marque pour améliorer vite et bien ce point.

Autre point déplaisant sur cette R1300RS et qui est commun à cette plateforme moteur, les vibrations. Elles sont gênantes car présentes à des régimes moteurs usuels sur autoroute. L’absence de levier d’embrayage amplifie le phénomène. C’est pénible au point que nous avons demandé si cela était un fait particulier à notre moto ou connu. La réponse ne plaira pas à tout le monde mais oui, le boxer 1300 est connu pour rendre des vibrations et bien plus que le 1250. C’est dommage car c’est un moteur rond, plein comme un œuf comme on dit.

Le look de cette BMW R1300RS est affuté comme un couteau, les lignes sont tendues et on sent que la recherche aérodynamique a eu son droit à la parole lors de la conception. BMW est parti de la base saine et amusante du roadster R1300R, lui a greffé une tête de fourche et ses 6 kg supplémentaires sur l’avant. Pour le reste, les pièces sont interchangeables entre les frangines Bavaroises. Niveau du look, c’est beau et donne une impression de puissance à l’arrêt.

La bulle réglable à la main se montre efficace malgré sa modeste taille, juste dommage que le plot de réglage se trouve à droite de la bulle et non à gauche, ce qui impose de lâcher la poignée de gaz et d’éloigner sa main de la poignée de freins pour quelques secondes. A des vitesses répréhensibles en Belgique et donc atteintes en Allemagne, la protection s’est montrée plus que correcte pour nos 180cm sous la toise. En fonction du casque, le bruit sera plus ou moins présent, une sorte de sifflement venant de l’avant entre la bulle et l’écran. Ceci se produisait uniquement la bulle en position haute.

Le confort de conduite est de très bon niveau comme on l’attend d’une BMW sport GT. Le fessier n’a pas de plainte à déposer votre Honneur. Des selles hautes, basses et confort sont disponibles au très très fourni catalogue d’accessoires et autres options d’usine auquel BMW nous a habitué. Pour en finir avec le confort et les doléances de votre serviteur, il y a ce point à vous communiquer. 40 années de motos pour moi cette année et au fil des évolutions, il y a du bon et du moins bon. Dans le cas de cette BMW R1300RS, un point nous a enquiquiné. L’absence du levier d’embrayage impose de tenir le demi guidon et de ne pas avoir les doigts qui reposent sur ce levier, chose que nous faisons depuis 4 décennies maintenant. Au bout d’une vingtaine de kilomètres, nous avons été victime de crampes dans la main gauche. Du jamais vécu avant cela. Il nous a fallu vraiment apprendre à poser notre main d’une façon différente et ceci impose un exercice mental constant pour ne pas retomber dans nos habitudes. On a eu dur et sur certains forums, il a été lu que des propriétaires de motos, BMW ou non, installent un levier d’embrayage factice pour ne pas souffrir de ce manque physique.

Niveau ergonomie, BMW sait faire des motos. Le triangle guidon : selle : repose pieds est top. Pas trop plié, suffisamment droit pour le dos et pas trop d’appui sur les poignets, c’est tout bon pour enquiller de la borne sans souffrir. Il nous est arrivé de vider un réservoir d’une traite et sans aucun souci de confort. L’équilibre est excellent, la R1300Rs se balance de virages en virages, rentre à la corde, ressort sur le couple et tout ceci avec la fâcheuse sensation qu’on aurait passer dans cette courbe avec 10 bornes de mieux. Pour le passager, pas trop de plaintes, la selle malgré sa forme, se montre assez accueillante et là aussi encore une fois, le catalogue d’accessoires se montre disponible et fourni. Le seul bémol et qui dépendra de la taille de votre passager/passagère est la distance entre cette selle et les repose- pieds. En fonction de cette dernière, les jambes seront plus ou moins fort repliées et des arrêts réguliers pourront être nécessaire.

Au niveau de l’équipement, BMW nous fournit toujours des motos avec toutes les options comprises. Vous constaterez sur les photos, la présence des superbes pièces Option 719, de la bagagerie complète, du silencieux Akrapovic sport homologué et de différents autres accessoires dont vous équiperez votre moto en fonction de vos besoins et surtout de votre budget.

Les valises latérales et le top case verrouillable à distance électriquement sont sympathiques quand le système ne bugue pas. Sur notre moto d’essai ( comme sur pas mal de motos clients) le top case se verrouille lors de l’ouverture des valises et inversement. C’est connu et remplacé mais reste surprenant et a provoqué la diction de quelques jurons par moments.

Le support GPS pourrait être mieux intégré de nos jours. D’autant plus que via l’application BMW, l’écran du tableau de bord se transforme en écran GPS. Sa lisibilité commence à dater un peu, d’autres font mieux et gageons que les ingénieurs Bavarois planchent à son remplacement par une version meilleure et plus lisible. Les RT et autres K1600Gt en sont déjà équipées d’ailleurs.

Le Cruise control adaptatif est ici présent et se montre redoutablement efficace. Vous réglez votre vitesse, la distance de sécurité souhaitée et hop, vous roulez tranquillement. Ce dernier prend en charge le freinage et la remise des gaz, vous laissant libre de penser à autre chose. Je rigole, la vigilance est toujours de mise en deux roues, ACC ou pas.

Cette R1300RS se montre accessible à quasiment tout le monde, la selle culmine  à 815mm du sol et la forme du réservoir permet même à un motard de 1,70 m de poser les pieds au sol sans danger de perte d’équilibre.

Un autre point pour lequel le progrès n’est pas toujours bienvenu, c’est l’augmentation des fonctions électroniques à bord et l’impact que cela a sur les commodos. Au lieu de faire comme Honda et de rajouter des boutons encore et encore, BMW préfère attribuer plusieurs fonctions à une touche, ce qui est louable comme intention pour l’encombrement au guidon mais impose une réflexion dans le cas de l’allumage des poignées chauffantes, une pression de trop et mon postérieur s’est mis à chauffer mais pas mes mains. Il faut être vigilant et surtout bien prendre l’habitude d’actionner le bon bouton de la bonne façon et avec le durée adéquate. Bonjour, en hiver, de nuit avec les gros gants !!!

Parlons ici d’un fait douloureux, le budget. Il  nous est quasiment impossible de vous donner le prix de la moto essayée car les packs complémentées des accessoires imposent une License de comptable pour attribuer un budget correct. Le configurateur BMW vous aidera plus précisément. Si nos calculs sont bons, notre modèle d’essai revenait à +/-27.500€. La peinture, les jantes, la bagagerie, le silencieux, les pièces 719 et autres babioles qui équipaient notre moto d’essai représente un budget de quasiment 10.000€ d’options. Sachant qu’une BMW R1300RS de base débute à 17.490€ ,cela représente un sacré budget pour une moto qui se situe entre deux mondes. Pour les voyageurs, la R1300RT emportera les suffrages. Pour les plus joueurs , la R1300R pourra emporter la mise par sa position de conduite. Il va falloir convaincre l’amateur que cette moto issue d’une longue lignée dans le catalogue sera le choix idéal. Surtout qu’à ce prix, la concurrence interne est rude.

Il vous faudra composer avec une position de conduite semi inclinée, des jambes repliées, une protection perfectible, un confort basique, une liste d’options longues comme un jour sans moto (point commun avec toute la gamme BMW). A l’heure du choix, je pense que seuls les vrais amateurs de sport Tourisme se tourneront vers cette R1300RS et je crains que la version ASA ici essayée ne remporte pas d’office leurs faveurs. C’est une belle technologie mais elle donne cette impression de ne pas être finie, de manquer d’aboutissement surtout lorsqu’on connaît et apprécie les boîtes robotisées de la gamme BMW voiture. J’ai été clairement déçu et si, un jour, je devais prendre commande d’une R1300RS , je ne suis vraiment pas certain de craquer pour la boîte ASA, du moins dans version actuelle. Connaissant BMW, je pense que les ingénieurs sont déjà à pied d’œuvre pour nous pondre une version améliorée. Ce moteur et cette moto le méritent amplement. Rien de bon alors ? Si, pour voyager vite et bien, loin , seul ou à deux, dans un confort basique, la R1300RS est la bonne copine. Il y a moyen de bien s’amuser à son guidon, de mettre la pâtée à d’autres en rigolant sous le casque lors d’une étape de 400km sur un périple de plusieurs jours. Bon, le budget reste conséquent mais à la revente, vous y retrouverez vos billes. Je ne peux conclure mon essai que par vous conseillez d’aller l’essayer si d’office son look ne vous rebute pas. Elle se révèle être efficace, amusante, rigoureuse. Je vais me faire incendier par les puristes mais elle me rappelle avec tendresse ma Honda VFR800 qui était excellente nulle part mais bonne partout. La BMW R1300RS a vraiment la selle coincée entre deux chaises, trop sportive pour certains, trop tourisme pour d’autres. Le choix est vôtre comme toujours, la meilleure moto du moto du monde n’est elle pas celle qui fait battre notre cœur de motard plus vite ?

Lolobadboy

https://www.bmw-motorrad.be/fr/models/sport/r1300rs.html